PASSEPORT pour les Français à l'étranger

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MICHELE ALLIOT-MARIE

" LES ENFANTS: DES AMBASSADEURS "

Michèle Alliot-Marie paraît être l'opération -charme du gouvernement de Jacques Chirac. En fait, cette multidiplômée, secrétaire dEtat à l'Enseignement près le ministre de l'Éducation nationale, tient un rôle crucial. Et comme nous l'allons voir, son sourire n'exclut en rien la conscience de son rôle, qui englobe l'enseignement du français à l'étranger.

- Madame le ministre, l'enseignement en langue française est-il de votre ressort en dehors de la France ?

- Bien plus que cela, c'est pour moi un souci, un souci majeur. Il s'agit d'une part d'apporter des structures d'accueil à l'enfant français dont les parents sont établis à l'étranger, et d'autre part d'offrir aux enfants du pays d'accueil un enseignement et une préparation professionnelle en français, pour des jeunes qui deviendront les cadres de ce pays. A court terme, pour l'un comme pour l'autre, des problèmes d'emploi sont en jeu. Mais à plus long terme, il y va de problèmes d'éducation, de conditionnement, de formation, d'adaptation de gens au niveau socio-économique du pays dans lequel se déroule l'enseignement, qui viendront définir les capacités d'imagination et de production de ce pays ainsi que du nôtre. Il est donc essentiel d'insister sur la qualité de l'éducation. Et nous prenons, par conséquent, toutes les dispositions pour accéder à cet enseignement de qualité.

- Mais pouvez-vous engager une politique cohérente, alors que, de toute évidence, les enfants vivant en pays francophones ne subissent pas les mêmes problèmes que ceux qui se trouvent dans un environnement totalement étranger, tout au moins d'un point de vue linguistique ?

- Ce qui est en cause, dans cette question, c'est la multiplicité des structures d'enseignement qu'offre la France: écoles publiques et privées, lycées, Alliances françaises, centres culturels français... Nous allons tenter de trouver une solution à cette diversification qui, en effet, gêne une politique cohérente et efficace.

- Vous étiez au Gabon à la fin du mois de juillet. Concrètement, sur quoi débouche cette visite ?

- Le Gabon présente cette particularité pour l'Afrique francophone : il n'y a pas de lycée français. Mais, parallèlement, les diplômes gabonais sont reconnus de plein droit dans l'enseignement français, y compris dans l'université (dans les limites des critères que peuvent poser les universités françaises du deuxième et troisième cycles). Ceci correspond à une volonté politique du gouvernement gabonais. Il est cependant à remarquer que, du fait du désengagement français au cours des cinq dernières années, les Gabonais ont dû recourir à des coopérants d'autres nationalités ou de nationaux ne remplissant pas toujours certains critères, d'où des classes surchargées et, semble-t-il, de résultats quelquefois inégaux. Il y avait donc un risque d'abaissement du niveau des études. Ceci pouvait amener de jeunes Français à craindre que leur diplôme assimilé n'eût pas toute la crédibilité voulue. Le gouvernement gabonais, conscient de ces risques, a demandé l'assistance technique de la France pour assurer la qualité de l'enseignement. La France interviendra donc sous diverses formes : vérification des examens, inspections générales, inspections pédagogiques régionales... Tout va donc reposer sur une politique de détachement de coopérants.

- Pensez-vous perpétuer cette politique et, dans cet ordre d'idées, quelles sont vos observations sur les systèmes de coopération allemand et anglais, qui détachent nettement moins de personnel, mais accueillent plus d'étudiants étrangers ?

- Il est important d'avoir de réels échanges et une réelle réciprocité en matière d'enseignement. Il est important que des Français se rendent dans des pays étrangers, tout comme il est important que des étrangers se rendent en France. Cela dit, il fallait revoir certains aspects des contrats. établis avec nos coopérants. Le butoir qui a été fixé par le gouvernement précédent a été reconnu par le ministre de la Coopération comme trop rigide, puisque les situations sont multiples. Il est sûr que des coopérants vivant trop longtemps dans le même milieu pédagogique peuvent avoir besoin de se recycler. Au bout d'un certain temps, il convient qu'ils se replongent dans un milieu classique ou dans un autre territoire. Cependant, nous devons tenir compte des réalités: pour certains, l'enseignement se double d'activités de recherche, ce qui représente une stimulation intellectuelle. Le changement peut alors être à la limite nuisible. Il faut aussi tenir compte du milieu ambiant, notamment des souhaits des gouvernements locaux. Nous tenons donc à étudier les cas particuliers. Nous voulons tenir compte de la réalité.

- L'enfant français vivant dans un pays non francophone rencontre de multiples difficultés, mais ne pensez-vous pas que son bilinguisme ainsi acquis lui soit une arme considérable ? Et, puisque l'on parle de plus en plus d'" exportation", ce qui sous-entend " expatriation ", ne faut-il pas favoriser l'enseignement des langues vivantes en France ?

- Le bilinguisme est certainement une bonne chose pour un enfant, à condition de correspondre à une réalité: il faut qu'une des langues soit véritablement celle dans laquelle baigne la famille, avec tout le substrat culturel qu'elle véhicule. L'autre langue, elle, doit correspondre à sa vie courante, extra-familiale, et va donc être le moyen d'assimilation d'une autre culture ou d'un autre environnement, notamment social et économique.

C'est un enrichissement pour lui, surtout s'il s'agit, bien entendu, d'une langue véhiculaire, qui amène à la fois l'agilité d'esprit et qui lui donne par la suite la faculté d'exercer une profession dans la zone d'influence linguistique en question, lui permettant même de trouver une profession qui justement concrétisera les échanges à l'intérieur de cette zone. Je ne suis pas opposée à l'enseignement des langues vivantes dans les écoles primaires; mais tous les enfants n'ont pas la même maturité, et il ne faudrait pas que certains y sacrifient les matières fondamentales.

Mais il est sûr que pour l'enfant vivant à l'étranger, un enseignement de l'autre langue dès le primaire l'aidera. Il est indéniablement utile à la nation que les enfants soient tournés vers l'étranger. Nous devons favoriser la connaissance linguistique et culturelle de l'étranger, afin de favoriser leur développement. De plus, ce sera pour eux le moyen de mieux comprendre leur propre culture. Il est à remarquer que les économies mondiales sont de plus en plus interdépendantes et que le développement de notre pays passe par la faculté de conquérir, comme vous le disiez, des marchés étrangers, ainsi que de multiplier ses échanges avec l'étranger.

- Pourquoi les postes de musique et de dessin sont-ils si peu pourvus, à l'étranger, alors que vous nous disiez qu'il est essentiel "d'insister sur la qualité de notre enseignement" ?

- Je ferai remarquer que le gouvernement actuel n'est pas responsable de cette situation, que l'on retrouve d'ailleurs en France même. Il y a un déficit de postes par rapport aux demandes. De ce fait, les demandes portent plus sur les matières classiques qu'artistiques. Personnellement, je pense qu'il faut, d'une part assouplir les rythmes scolaires, pour permettre de dégager les heures nécessaires, et d'autre part ouvrir les établissements à d'autres structures, notamment associatives, pour palier à l'insuffisance du nombre des enseignants, mais aussi pour favoriser l'utilisation de méthodes qui ont souvent la préférence des enfants.

- Un enfant français à l'étranger est-il à envier ou à plaindre ?

- Il doit avoir conscience qu'il joue un véritable rôle d'ambassadeur auprès de ses camarades et que, quelles que soient par la suite ses activités, même les plus technologiques, il le gardera, ce rôle. Je sais que le changement d'environnement lui paraît parfois difficile ; mais qu'il se rassure: en France, il risquerait de le vivre aussi difficilement, comme le ressentent certains jeunes qui passent de milieu rural en milieu urbain.

A envier ou à plaindre, je ne sais. Mais cet enfant, il faut le bichonner.

jpj

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