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LE FRANÇAIS LE PLUS PROCHE ? A 500 KM !

Maïté Ricci vit depuis dix ans au Botswana

" Je suis tout d'abord arrivée à Francistown, dans le Nord, suivant mon mari anglais. Cette petite ville complètement isolée était très sympathique. Mais ne jamais parler français me pesait : mon plus proche compatriote se trouvait à Bulawayo, en Rhodésie de l'époque, à 500 km. La vie était agréable. On passait ses soirées calmement en famille. Oh, bien sûr, nous n'avions ni médecin ni dentiste. Mais l'entraide était telle que l'on se débrouillait toujours. C'est ainsi que lorsque mon mari m'a quittée, me laissant seule avec mes deux enfants, j'ai tout de suite trouvé l'aide de tous mes amis, et j'ai pu travailler presque immédiatement comme enseignante (J'ai des diplômes anglais), afin de survivre et d'élever mes enfants. Je faisais des cours généraux le matin, et donnais des cours particuliers de français l'après-midi.

Ah ! la France...

Un jour toutefois, j'ai décidé de rentrer en France, car je pensais que mes enfants y trouveraient une stabilité et une culture solide. J'ai donc retrouvé ma famille dans le sud-ouest, et j'ai tenté de trouver du travail : impossible, car, d'une part, la situation n'était pas favorable et, d'autre part, je ne pouvais prétendre à un poste de coopération, n'ayant pas d'expérience française (de même qu'au Royaume-Uni, on me refusait un poste, puisque je n'étais pas britannique). Puis très vite, je me suis rendue à l'évidence : je n'avais rien en commun avec les gens de mon pays. Je trouvais une société totalement figée dans ses principes, une mentalité aux antipodes de ce que je connaissais : liberté, tolérance, humour, générosité... L'expatriation mûrit, décontracte et cela est valable pour les Français, mais aussi pour les Allemands, les Anglais... De plus, elle permet d'avoir un accès plus direct à l'information. Ainsi, lorsque je vois ce que l'on racontait, et ce que l'on raconte encore dans la presse française sur l'Afrique du Sud et ses alentours, que je connais bien, j'en frémis. Les Botswanais, tout comme leurs voisins, n'ont qu'une terreur : c'est l'instabilité sociale en Afrique du Sud, qui les empêcherait tout simplement de vivre. Le " Front du refus" dont la presse se fait généreusement l'écho n'est que littérature et ceux qui le soutiennent doivent prendre leurs responsabilités : un pont aérien avec la France en cas de fermeture des frontières avec l'Afrique du Sud, sous peine de famine...

Mon vrai monde

Mais mon propos n'est pas de faire une analyse de cette situation. En France, donc, le choc a été dur pour moi, et je n'ai pas tardé de prendre ma décision : trois semaines après mon arrivée, j'étais de retour au Botswana avec mes deux enfants. Quelle surprise pour tous les amis auxquels j'avais fait des adieux si déchirants ! L'esprit d'entraide a de nouveau joué : aussitôt le directeur de l'école m'a réintégrée à mon poste (il n'avait pas cru, à vrai dire, que je tiendrais longtemps en Europe!). Les autorités botswanaises m'ont immédiatement attribué une maison et ont régularisé la situation de mes enfants qui, en l'absence de leur père, n'avaient pas de papiers en règle. Une brasserie locale m'a fait don de suffisamment de charbon pour passer l'hiver, etc. C'était à pleurer. Je retrouvais MON monde, celui des expatriés... pour lesquels chaque jour est une merveilleuse aventure. J'entends naturellement les vrais expatriés, ceux qui vivent à pleines dents ce que leur offre le pays qui les accueille.

Ainsi, j'ai fait d'immenses randonnées dans le Kalahari, ou, comme dans le film, un Bushman est monté sur le capot de la Land-Rover pour servir de guide lorsque nous étions perdus. J'ai adopté un petit Botswanais. Maintenant, j'ai la chance d'être mariée à un véritable artiste : il est ?cossais et exerce à Gaborone la profession d'architecte. J'enseigne dans une école privée. Nous habitons une ravissante maison que mon mari a dessinée dans le style indigène botswanais.

Panique : le premier feu rouge

Malheureusement les choses changent, ici. Un des premiers signes de l'évolution du pays a été l'installation, l'année dernière, de feux rouges dans la capitale, ce qui a instauré un véritable jeu de massacre : personne ici n'en comprenait le sens ! Des feux de circulation dans un pays plus grand que la France, et qui compte 850 000 habitants au total y compris les expatriés ! Et puis nous avons été cambriolés, chose impensable il y a quelques années. L'administration change aussi : priorité aux Botswanais, début de discrimination anti-expatriés... Aussi avons?nous décidé de partir au mois d'août pour une destination que nous n'avons pas encore choisie. Cela dépendra du travail que pourra trouver mon mari. Mais nous devons aussi penser à l'éducation de nos enfants. Alors, peut-être le Canada, ou bien la France, si nous parvenons à nous intégrer dans un cercle d'expatriés vivant en France...

Oh, je sais que les gens qui me liront en France s'étonneront : comment peut-on vivre sans justice véritable, sans sécurité (ni sociale ni autre), sans retraite, sans domicile fixe ? Mon idéal est simplement ailleurs : vivre ma vie où je veux, quand je veux, et avec qui je veux.

jpj

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