

BOSSNAPPING
(30/4/09)
-
Mot-valise,
bossnapping est construit sur le modèle de kidnapping
ou encore de carnapping ou, plus récemment, de bitnapping
(chantage informatique).
-
C'est
Time qui l'a récemment exhibé lorsqu'il s'est
agi de mettre un nom sur les séquestrations de cadres en
France.
-
Jean-Paul
Sartre n’est plus là, sinon nous aurions droit à
un chef d’œuvre intitulé, cette fois : «
Le bossnapping d’Altona ».
-
Le
néologisme nous est vraiment dédié : le bossnapping
n’est assurément pas une pratique américaine
(mais il arrive qu’on sorte le flingue). Le titre de Time
a vite été repris dans l'Hexagone.
-
Chacun y trouve son compte.
-
Pour ceux qui sont retenus, le bossnapping contient un
caractère épique, valorisant, potentiellement générateur
de promotion.
-
Et pour ceux qui se livrent aux enlèvements, aux rapts ou
aux séquestrations, bossnapping est un vocable qui
atténue la portée d’actes manifestement délictueux
ou criminels.
*******
FAIRE DU NEUF AVEC DU VIEUX (29/4/09)
- Il y a, dans
le fait de faire du neuf avec du vieux, un aspect péjoratif
qui n’a longtemps guère convenu au monde professionnel
(hormis chez les chirurgiens esthétiques, cela va sans dire).
- C’est
faute de pouvoir procéder autrement qu’on s’y
résolvait, comme on rechape un pneu.
- Une entreprise
qui prospère innove vraiment : elle fait du neuf avec du
neuf.
- Aussi la formule
« faire du neuf avec du vieux » provoquait jusque récemment
une grimace entendue.
- Mais la crise
dilate le temps et remet à l’honneur les valeurs d’autrefois.
- Le savoir
faire du neuf avec du vieux est réhabilité.
- On ne cache
plus la démarche, on l’affiche.
- Certains produits
et services se révèlent aujourd’hui meilleurs
réchauffés.
- Outre-Manche,
la tournure est plus élégante : to put old wine
into new bottles
- Alors qu’outre-Rhin,
la traduction est directe : aus alt mach neu
*******
T'AS PAS RECU MON MAIL (28/4/09)
- Le courrier
électronique dans la panoplie des outils bureautiques a bouleversé
la façon de travailler.
- Mais, comme
le disait Marshall McLuhan (1911-1980) : the medium is the message
– le support est signifiant.
- Avec le mail,
la rélexion de McLuhan prend toute sa force.
- Autant que
ce qu’il peut contenir, un courriel renseigne par la façon
dont il est envoyé.
- Tout compte
: la liste des destinataires directs et de ceux qui sont en copie,
l’usage éventuel de la fonction de copie cachée,
l’heure à laquelle il est émis, le fait d’être
émis en première instance ou en retransmission.
- Ainsi s’établit
une subtile hiérarchie de la portée des e-mails.
- Pour être
efficace, un mél doit, tel un signal radio, faire l’objet
d’une synchronisation aux niveaux de l’émetteur
et du destinataire.
- Souvent le
réglage est imparfait.
- Il faut des
conditions de forme bien particulières pour qu’un message
soit lu dans les conditions attendues par celui qui l’expédie.
- Si elles ne
sont pas respectées, rien ne dit que celui à qui il
est adressé y prêtera l’attention espérée
ou en appréhendera la portée.
- Mais en l’envoyant,
on inverse la charge de la preuve et l’on pourra dire, lorsque
l’autre s’étonnera de n’avoir pas été
averti ou consulté : « Mais t’as pas lu mon mail
? ».
- Qui est alors
le plus coupable : celui qui n’a pas accordé l’attention
nécessaire ou celui qui n’a pas pris le soin de construire
son courriel de façon à ce qu’il soit lu ?
- Beaucoup profitent
de cette ambiguïté pour se débarrasser d’un
problème ; ils envoient simplement un email dont ils devinent
que le destinataire ne le lira pas.
*******
PAR
LE TRUCHEMENT D'UN INTERPRETE (27/4/09)
-
Marie-Laure
me fait part de son exaspération en regard de la progression
des tautologies.
-
Là
encore, nous subissons l’influence de pratiques déversées
par le toboggan transatlantique
-
En
effet, dans le domaine de la communication et de la publicité,
on a tendance sur l’autre rive à marteler les messages
alors qu’ici, on favorise l’accent par manque et
surtout on évite toute répétition («
j’suis bouché, peut-être ? »).
- C’est
par ce toboggan que nous parviennent certaines formules consternantes,
genre « une autre alternative » (here are two alternatives),
« vous avez deux choix » (you have two choices) ou autres
« répéter deux fois ».
- Attendez-vous
à savoir, Chère Marie-Laure, que, au train où
vont les choses, on vous servira bientôt ceci :
- Il y a deux
mois en arrière, j’ai fait un mauvais cauchemar.
Vu la conjoncture actuelle – véritable goulot d’étranglement
– mes bonus se réduisaient de moins en moins, anéantissant
mes perspectives d’avenir.
- Ma première
priorité, c’était d’être défrayé
de mes frais, ce qui me permettait d’avoir au moins le gîte
et le couvert. Mais pour les dépenses somptuaires, Tintin
!
- Alors pourquoi
ne pas convenir ensemble de procéder par étapes successives,
en préparant bien l’opération à l’avance
?
- Tiens, tant
que nous y sommes, commençons par un don entièrement
gratuit de mes services !
- Un fétu
de paille, me direz-vous, par les temps qui courent.
- Mais dans le
milieu ambiant, le moindre petit détail compte.
- Ce ne serait
pas la panacée universelle et ça ne pourrait durer
longtemps, au grand maximum quelques jours.
- À y
regarder de plus près, pourtant, cette procédure détruirait
tout futur projet.
- Sous un faux
prétexte, j’ai donc opposé mon veto, la décision
étant renvoyée à plus tard.
- Dans cet étrange
songe, la nuit était constellée d’étoiles.
L’une d’elles fit une chute verticale et me réveilla.
- Je ruisselais
de nage, comme victime d’une fièvre anormale. Une rafale
de vent me rafraîchit.
- Alors, je réalisai*
ce qui m’était arrivé : par le truchement d’un
interprète, je m’étais shooté aux pléonasmes
redondants.
*
ce n’est pas un pléo, mais c’est assurément
un américanisme
*******
LES BEAUX ESPRITS SE RENCONTRENT (24/4/09)
- Merci Voltaire
pour l’invention de cette expression.
- Dans le langage
professionnel, la formule arrive lorsqu'on signale à son
interlocuteur qu'on a pensé faire comme lui.
- Mais la concomitance
n'est jamais parfaite.
- Si l'on estime
avoir été en avance, on remet élégamment
les pendules à l’heure.
- Dans le cas
contraire, on opère un discret rattrapage.
- La formule
tire sa force de cette équivoque : elle permet d'un commun
accord de dépasser la question subalterne de l'antériorité.
- Et, à
égalité au-dessus de la mêlée, de passer
à la suite.
- Que voulez-vous,
great minds think alike.
*******
DRASTIQUE OU DRACONIEN ? (22/4/09)
- Les deux mots,
de par leur assonance, sont quelque peu floutés dans l’esprit
du public.
- D’autant
que nombre de traducteurs, contenant les pénétrations
insidieuses de drastic via les sous-titrages des séries
US, proposent « draconien » plutôt que «
drastique » terme jusqu’alors réservé
au monde médical.
- En fait, ces
deux termes n’ont rien en commun.
- Drastique,
issu de l’adjectif grec drastikos, est un terme de
médecine ayant pour sens « actif, énergique
» ; revisité par nos amis étatsuniens, il signifie
aujourd’hui » rigoureux », « bétonné
».
- Draconien
est dérivé de Dracon, législateur athénien
du VIIème siècle avant notre ère qui préconisait
de mettre à mort l’auteur de tout délit, fût-il
mineur.
- Draconien
évoque donc une sévérité excessive.
En Californie, tout récidiviste qui replonge, ne serait-ce
que pour une broutille, est automatiquement condamné à
la perpétuité.
- Si les quotas
de pêches subissent aujourd’hui des réductions
drastiques, bloquer les ports entraîne des sanctions draconiennes.
- Qu’on
se le dise !
*******
NAME
DROPPING (21/4/09)
- Le name
dropping est ce procédé qui consiste à
parsemer sa conversation de noms de personnalités.
- Il peut s'agir
de célébrités du monde politique ou du showbiz.
- Mais dans
l’entreprise, ce sont plutôt les notables d'un secteur
professionnel que l'on convoque à l'appui de son propos.
- Inutile de
connaître personnellement ceux qu'on met ainsi en avant :
leur seule présence donne sa crédibilité au
discours, c'est là tout l'intérêt du name
dropping.
- L'art du name
dropping est dans l'allusion, qui doit faire illusion
- Citer le mot
public d'un dirigeant réputé dans sa profession fait
passer pour averti.
- On est en
revanche vite démasqué si l'on fait croire qu'on le
connaît alors que ce n’est pas vrai.
- En matière
de name dropping, tout est donc question de dosage.
- La référence
judicieuse aux hommes les plus en vue d'une profession provoque
chez leurs interlocuteurs un sentiment de confiance.
- Un appui certain
pour le succès d'une action commerciale.
- Traduction
proposée : le lâcher de noms.
*******
C'EST
LE JEU, MA PAUVRE LUCETTE (20/4/09)
- Aucune allusion
à quelconque personnalité politique tirant des bords
dans des îles Sous le Vent.
- Nous évoquons
ici une publicité du Loto qui a provoqué un buzz sur
Internet.
- Alors que
sa femme est en train de faire la vaisselle, un homme fait tourner
un globe terrestre en pointant son doigt au hasard, cherchant visiblement
une destination de voyage.
- Il tombe sur
l’Australie et l’annonce à sa femme.
- Celle-ci proteste
: « Ah non, pas encore ! »
- Et l’homme
de répondre : « C’est le jeu, ma pauvre Lucette
! ».
- La séquence
s’achève sur une annonce publicitaire ad hoc.
- L’expression
C’est le jeu ma pauvre Lucette s’impose alors
: elle s’adresse à ceux que la vie n’épargne
pas.
- Elle contient
à la fois du fatalisme et de la dérision.
- On la retrouve
rapidement sur des produits dérivés, tels des t-shirts.
- Puis de la
formule d’origine surgit une variante : C’est la crise,
ma pauvre Lucette !
- Et cette variante
fait florès dans les entreprises dès lors il s’agit
de s’abriter derrière la crise.
- Essayez: «
That’s the game, my poor Lucette! “ outre-Atlantique,
on ne sait jamais.
*******
BANKABLE (17/3/09)
- Bankable
signifie "apte à générer du profit".
- C’est
d’abord dans le monde du spectacle que le mot a fait ses classes.
- Un acteur bankable
est un acteur bénéficiant d'une cote de popularité
telle que, quelle que soit la qualité intrinsèque
d’un film, sa présence à l’affiche en
garantit le succès.
- Au-delà
du showbiz, ce sont tous les people qui sont réputés
plus ou moins bankable (bancables au québec),
selon l’audience qu’ils attirent dans les médias.
- Il n’en
fallait pas plus pour le mot se déplace en direction de l’entreprise.
- Voici qu’on
évoque des profils bankable lorsqu’il s’agit
de désigner des personnalités présumées
aptes à générer du profit.
- On se met aussi
à parler de projets bankable quand leurs cash-flows
prévisionnels sont porteurs de grands espoirs.
- Le vocable
semblait ainsi promis à une belle expansion.
- Mais le radical
bank rimant de nos jours avec banqueroute, le terme pourrait
être voué aux Gémonies.
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BEAR vs BULL (16/4/09)
- La métaphore
du combat du bear (l’ours) et du bull (le
taureau) est fréquente dans le monde boursier.
- Être
bear signifie que l'on pense que le marché va baisser
: l'ours attaque de haut en bas.
- Être
bull, c’est estimer au contraire qu’il va monter
: le taureau attaque de bas en haut.
- Bullish,
c’est être à la hausse
- L’équilibre
des marchés financiers se construit par la confrontation
des bulls et des bears.
- Mais le combat
des bears et des bulls ne se limite pas à
la sphère boursière.
- Dans toutes
les équipes, notamment commerciales, coexistent des ours
et des taureaux, des pessimistes et des optimistes, des prudents
et des volontaristes.
- Demandez en
réunion qui est ours ou taureau.
- Il vous sera
répondu que l’ours n’a pas sa place dans les
signes du zodiaque.
- Avec ce nouvel
éclairage, le débat sera lancé et, comme à
la bourse, un point d’équilibre apparaîtra entre
optimistes et pessimistes.
*******
MINERA...LOGIQUE (15/4/09)
- Si les plaques
d’immatriculation sont dites minéralogiques, c’est
qu’elles ont longtemps été gérées
par le Service des Mines.
- Dès
le XVIIIe siècle, dans les mines, est apparu en effet le
besoin d’un contrôle de sécurité du matériel
roulant qui fut confié audit Service.
- Lorsqu’au
XIXe siècle se développe le chemin de fer, le Service
des Mines, déjà… entraîné à
de telles vérifications, se voit confier très naturellement
la surveillance technique des trains.
- Et quand l’automobile
s’impose à son tour au XXe siècle, le même
Service des Mines est chargé d’en assurer le contrôle.
- C’est
ainsi que les plaques d’immatriculation des automobiles, délivrées
par le Service des Mines, sont qualifiées dans le langage
populaire de « minéralogiques ».
- La dernière
mine de charbon française a fermé en 2004 (subsistent
des mines de glaise).
- Le Service
des Mines n'existe plus ; il a récemment fusionné
avec le Corps des Télécommunications.
- Mais aujourd’hui,
le 15 avril 2009, de nouvelles plaques d’immatriculation voient
le jour et on continue de les appeler minéralogiques.
- La logique
est donc à côté de la plaque.
- Un cas d’(auto)-école
- L’équivalent
américain des plaques minéralogiques est license
plate. Le Delaware, paradis fiscal avéré, offre
un autre avantage : il délivre par courrier dans le monde
entier cartes grises et plaques minéralogiques. Cartes de
crédit acceptées.
*******
JOURS FERIES (14/4/09)
-
Les
jours fériés sont le pouls du monde.
-
Déjà,
ils en reflètent l’évolution religieuse, comme
en atteste la spectaculaire progression des célébrations
musulmanes.
-
Les
jours fériés subissent les changements de régime
; oublié, l’anniversaire du dictateur déposé.
-
Leurs
intitulés relèvent souvent de l’euphémisme
: nombre de « Fête de la Libération » célèbrent
en réalité de brutales invasions.
-
Les
jours fériés sont un fardeau économique mesurable
: ½ point de croissance assuré en France si plusieurs
d’entre eux tombent un week-end.
-
Pour
en régulariser la cadence, certains pays les déplacent
à leur guise.
-
Les
jours fériés sont aussi culturels : le 9 mai, c’est
la Fête de l’Orgasme à Esperantina (Brésil)
; les administrations font relâche, les rideaux sont baissé,
les banques sont fermées (sauf une).
-
Les
jours fériés sont rancuniers : Fête de la Défaire
des Français par-ci, de l’Expulsion des Italiens par
là, ou Commémoration de tel ou tel Génocide…
-
Mais
ils sont aussi sportifs car le score d’une équipe de
foot peut entraîner un décret paralysant instantanément
le pays victorieux.
-
Ils
sont souvent imprévisibles : 60% des modifications des calendriers
sont annoncées avec moins de 48 heures d’anticipation.
-
Les
hommes ne sont pas égaux face aux jours fériés
: Iraniens et Sri Lankais ne pensent qu’à ça,
alors que les Roumains sont les bûcheurs du calendrier.
-
Un
seul portail répertorie l’ensemble des jours fériés
du monde de 1970 à 2070.
-
-
Il
est publié par www.edit.fr
ARRIVEE D'AULX (10/4/09)
- Le pluriel
d’ail ne diffère pas de celui de travail, vitrail ou
corail
- Jadis, on vocalisait
le l de cheval ou de vitrail au pluriel, ce qui donnait une sorte
de ao, un peu comme aujourd’hui au Brésil, festival
(qui se prononce festivao), ou carnaval (carnavao)
- Ainsi, les
chevals se transcrivaient-ils par chevaus. Normal.
- Mais pour économiser
le parchemin (par souci d’économie, pas d’écologie),
les scribes abrégèrent certains groupes de lettres
et leur substituèrent des signes cabalistiques ; c’est
ainsi que us devint x.
- Un cheval,
des chevax.
- Plus tard,
des copistes rappeurs donnèrent priorité à
la bande-son : alors, plus question de quelconque x pour transcrire
le son o ; ils lui substituèrent un aux flambant neuf, propulsant
le x vers une autre carrière, avec le succès que l’on
sait.
- Symétriquement,
l’ail au pluriel devint aus, puis aux et enfin, sous une impulsion
qui reste à identifier, aulx.
- S’ensuivit
une tendance « retour au basique ».
- Laissez-les
s’entretuer, ces vieux, y sont pas rigolaux.
- Donc un festival,
des festivals, un chacal, des chacals, un régal, des régals.
- En plus, ça
évite des confusions : un étau, des étaux.
Un étal, des étals. Comme ça, c’est clair.
- Allez, je détale,
il est tôt.
*******
EFFECTIVEMENT (9/4/09)
- Effectivement,
du latin effectus (influence), est un adverbe signifiant
: 1. De manière effective (il est alors synonyme de réellement)
- 2. En effet.
- Mais depuis
une quinzaine d’années, l’adverbe s’est
progressivement érigé au rang de signe de ponctuation.
- On utilise
effectivement pour donner du rythme à son propos et souligner
ce qui y compte.
- Mais le recours
à l’adverbe effectivement, employé en rafales,
peut devenir un tic de langage.
- Que penser
des discours effectivementistes où la fréquence de
l’adverbe effectivement est telle qu’elle finit par
interroger ?
- Il arrive
que l’abus de son emploi relève simplement d’un
manque d’assurance de l’orateur.
- Sa présence
à haute fréquence trahit généralement
une sorte de psittacisme de la pensée, ce qui fait mauvais…
effet.
- Car il n’y
a pas que l’adverbe qui soit répété :
le propos lui-même n’est souvent que la reproduction
d’un autre. L’effectivement cache la forêt.
- Vigilance
donc : quand revient trop souvent l’adverbe effectivement,
c’est peut-être qu’on est en train de resservir
un plat réchauffé. Indeed.
*Le
Meurice, le Plaza Athénée (mes préférés,
il n’y a pas si longtemps), le Ritz, le Crillon, le Bristol, le
Fouquet’s, le George V.
S'AUTOPELUREDEBANANISER (8/4/09)
- L'actualité
a propulsé la banane au cœur de la vie politique française.
- Elle est déjà
installée depuis quelques années dans la vie institutionnelle
québécoise.
- Jacques Parizeau,
premier ministre du Québec au milieu des années 90,
avait en effet inventé l'expression s’autopeluredebananiser
pour dire se placer soi-même une peau de banane sous les pieds.
- La formule
n'est pas équivalente à se tirer une balle dans le
pied : s'autopeluredebananiser, c'est se mettre en situation
de se nuire à soi-même, sans nécessairement
y parvenir.
- Les Québécois
disent aussi : se peinturer dans le coin.
- De ce côté-ci
de l'Atlantique, point n’est besoin de s’autopeluredebananiser
: les terrains glissants abondent
*******
FLASH MOB (7/4/09)
- Le phénomène
des flash mobs a commencé début 2003 aux
États-Unis.
- Le principe
consiste à réunir en un même lieu un grand nombre
de personnes volontaires, souvent recrutées par Internet,
pour participer à une action collective insolite, mais non
violente.
- À Paris,
le 28 août 2003, a eu lieu le premier flash mob français.
- Une centaine
de personnes se sont retrouvées dans le hall du musée
du Louvre, et ont marché rapidement en parlant au téléphone.
- Elles se sont
immobilisées soudainement, ont applaudi quelque chose en
l'air puis se sont dispersées.
- En 2006, ils
ont été un millier de participants, tout de blanc
vêtus, à partager un dîner au champagne autour
de l’Arc de Triomphe, testant au passage l’humour du
préfet de police (en l’occurrence, il en avait –
il eût fallu le déléguer à Strasbourg).
- Le freeze
mob est une variante de flash mob : il s'agit d'un
flash mob dans lequel tous les participants - cohorte de
statues vivantes - restent figés (un freeze en anglais)
pendant un court laps de temps.
- On peut voir
dans le flash mob une nouvelle expression poétique.
- Mais à
côté de dimensions citoyenne et ludique, les flash
mobs comportent aussi souvent des enjeux de communication commerciale.
- Aussi devient-il
fréquent de voir des marques recourir à cette technique
pour promouvoir leurs produits à travers un buzz des vidéos
tournées à l’occasion du flash mob.
- Exemple de
flash mob de promotion de la comédie musicale La mélodie
du bonheur à la gare Centrale d’Anvers.
- Au moins l’un
de mes honorés lecteurs s’adonne au flash mob,
il se reconnaîtra.
- En français
: foule éclair en attendant mieux.
******
CLOUD COMPUTING (6/4/09)
- L’informatique
nébuleuse se réfère à des données
stockées et disponibles dans tous les recoins du globe.
- Il s’agit
d’une répartition de flux que l’on pourrait comparer
à un réseau électrique international : des
fournisseurs divers liés par des lignes haute-tension.
- On a ainsi
l’impression que ces données se trouvent dans les nuages.
- La puissance
d’échanges, grâce au cloud computing,
est colossale et les données sont stockables (au contraire
de l’électricité).
- Des sociétés
spécialisées se mettent sur ce marché, qui
va quand même générer quelque 56 milliards d’euros
de chiffre d’affaires en 2009.
- De nouveaux
services sont en passe d’être développés
grâce au cloud computing.
- Amazon l’utilise
pour ses clients.
- Le New York
Times y case ses archives en ligne.
- Google, que
vous n’êtes pas sans connaître, se charge de gérer
un réseau entre universités.
- IBM met les
bouchées doubles, installant des « hangars »
aux quatre coins de la planète.
- Avantage :
les clients n’ont plus besoin de serveurs propres ; ils louent
de l’espace dans un garde-meubles virtuel et récupèrent
leurs « stocks » à la demande.
- Il y a un inconvénient,
évidemment : difficile de sécuriser les données
dans ce transit permanent.
- Nonobstant,
un énorme business mondial se crée ainsi sous nos
yeux.
- Cloud computing
: sic transeunt data mundi.
*******
DOWNSHIFTING (3/4/09)
- L’expression
apparaît dans les années 90.
- « Rétrograder
» en anglais, ce qu’on a traduit par "simplicité
volontaire".
- Il s’agit
de cette tendance de comportement consistant à consommer
moins pour vivre mieux.
- Un privilège
de riches, puisque le mouvement est né en Scandinavie et
en Californie.
- Mais un phénomène
de fond qui affecte évidemment de nombreux secteurs et ne
laisse pas insensibles les industriels.
- Le downshifting
n’est pas une école de pensée, encore moins
une secte.
- On rencontre
des downshifters dans toutes les couches sociales : c’est
ce qui confère au downshifting son probable caractère
durable.
- Une population
que le G20 ne semble en tout cas pas avoir prise en compte.
*******
LOGIQUE (2/4/09)
- On connaissait
la logique de croissance.
- Voici que surgit
la logique de réduction des coûts.
- Le recours
à la logique est bien commode : il imprime une dimension
de rationalité et de nécessité.
- Mais comme
chaque fois qu’un mot est détourné de son sens
premier, le passage de la logique du champ philosophique à
celui de l’entreprise soulève des questions.
- L’emploi
d’un mot hors de son contexte est une métaphore.
- Elle donne
au propos une dimension imaginaire, qui apporte de la profondeur
au message que l’on veut transmettre.
- La logique
est bienvenue lorsqu’il s’agit d’évoquer
la croissance : on se sent en confiance.
- Mais associée
à la réduction des coûts, sa portée symbolique
s’inverse : elle sonne faux.
- Et crée
le sentiment que celui qui s’abrite derrière la logique
ne maîtrise peut-être pas son processus.
- Il y a des
mots pour les situations positives et d’autres qui conviennent
aux contextes négatifs.
- La logique
est de la première catégorie.
- Fatalité
ou nécessité ferait loi dans la seconde.
*******
ARRETER DE SE PRENDRE LE CHOU (1/4/09)
- C’est
une histoire qui circulait aux États-Unis lors de la précédente
présidence.
- Quelle est
la première qualité d’un président ?
Réponse : n’être pas trop intelligent.
- Les Américains
ont vite transposé la boutade au monde professionnel, et
n’être pas trop intelligent est devenu l’un des
attributs du dirigeant d’entreprise.
- Le quotient
intellectuel n’est pas en cause : ne pas être trop intelligent
en entreprise signifie ne pas accorder trop d’importance à
l’intelligence.
- Autrement dit
: savoir arrêter la réflexion pour passer à
l’action.
- De multiples
expériences de neurosciences montrent que les décisions
que l’on prend sur la base d’informations superficielles
ne sont guère modifiées par l’accumulation de
données complémentaires.
- Loin d’une
posture idéologique, ne pas accorder trop de place à
l’intelligence relève ainsi du principe d’efficacité.
- Et lorsqu’on
dit qu’il arrive un moment où il faut arrêter
de se prendre le chou, on ne trahit ni une envie d’en découdre
ni un manque de réflexion : on rappelle simplement une règle
managériale de bon sens.
- Exemple : le
28 janvier 1986, il gelait en Floride.
- Le sous-traitant
en charge des boosters de Challenger (Morton Thiokol) hésite
: ses ingénieurs clament : « Surtout ne décollez
pas tant qu’il gèle ».
- Les commerciaux
protestent : « Si nous ne donnons pas l’ordre de décoller,
nous perdons le client [la Nasa] ».
- Le patron arrêta
de se prendre le chou et donna l’ordre de décoller…
- L’histoire
ne dit pas si ses bonus se désintégrèrent également.
- Commentaire
en direct d’un ingénieur de la NASA après l’envol
de Challenger, "Obviously a major malfunction".
Tiens, il faudra que je vous ponde un billet sur le terme "Understatement"
A écouter
sur RFI : la Danse des Mots, émission
conduite par Yvan Amar (une expression décortiquée en
compagnie d'un invité)

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