

BILLE EN TÊTE... (29/1/10)
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Dominique
de Villepin repart bille en tête.
-
L’expression
est attestée depuis le milieu du 19e siècle.
-
Elle
est alors en usage dans les salles de billard.
-
Jouer
bille en tête, c’est frapper sa boule franchement,
perpendiculairement et dans le centre.
-
Ce
n’est qu’à partir des années 1950
que la formule acquiert son sens actuel : résolument,
avec audace, et parfois avec naïveté.
-
Elle
appartient à la catégorie des expressions à
double tranchant.
-
Foncer
bille en tête est en effet considéré comme
une qualité ou comme une faiblesse.
-
Je
l’ai rencontré, DdV : il incarne le plus flatteur
portrait qu’un étranger puisse se faire du Français.
-
Il
ne manque pas de sex-appel (nous verrons demain si je suis démenti);
-
Le
parfait ministre des Affaires étrangères, étranger
aux « affaires ».
-
Après
toutes ces billevesées, après avoir eu la tête
sur le billot, DdV ne se met plus martel en tête.
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TOUT VA MIEUX (28/1/10)
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Tout
va mieux !
-
À
preuve les récents titres :
-
«
La hausse du chômage ralentit »
-
«
L'augmentation des faillites diminue »
-
«
La croissance de la pauvreté est en baisse »
-
«
La montée des délits décroît »
-
«
L'avance de la pandémie recule »
-
«
Moins un train va plus vite, plus sa vitesse est moins grande
»
-
Amoto
quaeramus seria ludo*, ricanait Horace (Sat 1)
* Blague à part, revenons aux choses sérieuses.
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COMME EN QUARANTE (27/1/10)
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Économie
: c’est reparti comme en quarante !
-
Au
lendemain de la mobilisation de 1939, on a dit que c’était
reparti comme en quatorze, époque à laquelle on
disait certainement que c’était reparti comme en
70.
-
La
formule se devait d’évoluer.
-
De
quatorze à quarante, le déplacement linguistique
était plus aisé que si l’on avait retenu
39.
-
Ainsi
s’est imposé repartir comme en quarante.
-
Pour
certains, 1940 c’est le début de la fin.
-
Pour
d’autres, c’est la fin du commencement.
-
Les
premiers accentuent comme en quarante : on va refaire
la même chose, sans illusion mais avec lassitude.
-
Les
seconds mettent l’accent sur c’est reparti
: ils salivent à l’idée d’un nouveau
démarrage.
-
Attention
à bien saisir la mélodie quand la formule arrive
: tout est dans la tonalité.
-
Pour la version allemande : inverser l'intonation
-
Les
conséquences de la reprise pour notre pauvre planète
?
-
On
s’en moque comme de l’an quarante.
*******
AU
NOIR (25/1/10)
•
Émission très propre hier soir sur TF1.
• Donc rien sur le travail au noir.
• Le travail au noir est pourtant aux périodes
de crise économique ce que le marché noir est
à celles de guerre : des circuits parallèles qui
amortissent les contraintes conjoncturelles.
• L’un et l’autre tireraient leur couleur
des mêmes circonstances.
• L’adjectif schwarz serait en effet apparu
en Allemagne dans les derniers temps de la Première Guerre
mondiale, pour qualifier à la fois le commerce illégal
pratiqué dans les lieux sombres, l’abattage clandestin
de bétail ou le travail non déclaré effectué
dans la pénombre des lieux discrets.
• C’est ce schwarz qui nous aurait donné,
attaché aux désignations correspondantes, le marché
noir et le travail au noir.
• D’autres font remonter l’origine de l’expression
à une pratique du Moyen Âge consistant à
faire travailler ouvriers et serfs en cachette du seigneur,
à la lumière des chandelles.
• Pour la France, on estime le travail au noir compris
entre 3% et 6% du PIB.
• Il serait deux fois moindre au Royaume-Uni, mais trois
fois supérieur en Italie, et vertigineux en Grèce...
• Schwarz arbeiten, To moonlight, Trabajar en negro
ou hacer estraperlo, Lavorare al nero, Zwart werken, Pracowac
na czarno... Aucune difficulté de traduction.
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WEB ATTITUDE... (24/1/10)
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Votre
direction commerciale s’appuie, évidemment, sur
ses sites Internet.
-
Mais,
ce faisant, elle parle souvent dans le vide.
-
Une
fois sur deux, le profil des visiteurs n’est même
pas analysé.
-
Les
statistiques, les mots clés, les scénarios des
visites sont ignorés.
-
Le
contenu ne propose pas d’actions : souscriptions, suivi
de correspondance, enregistrement pour une newsletter, forum…
-
Il
arrive qu’il n’y ait aucun responsable de mise à
jour.
-
Ou
qu’il y en ait trop (qui inévitablement se crêpent
le chignon).
-
Le
contrôle qualité est parfois inexistant : le contenu
est faible voire déficient, aux dépens de l’image.
-
Ne
parlons pas des sites Internet qui sont des sites inertes :
les mises à jour annoncées n’arrivent pas
et celles en ligne remontent à l’antiquité,
les forums ne sont pas
suivis,…
-
Ni
des contenus déséquilibrés qui sont du
plus mauvais effet : certaines sections sont actives, d’autres
sont abandonnées à leur sort.
-
Et
les contenus ternes. Ah, les contenus ternes ! Assurément
le meilleur moyen d’éloigner le visiteur ! Mieux
vaut concentrer ses énergies une fois pour toutes que
de
laisser passer des infos médiocres au fil du temps.
-
Inversement,
trop d’énergie éditoriale tue le contenu
: un canon à neige déverse du texte, du texte,
du texte ; à peine mise en ligne, la dernière
info est écrasée.
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On
compte sur la quantité pour compenser la qualité.
-
Et
sans archivage, point de salut. On empile donc on engorge.
-
Le
cas échéant, vous pourrez aussi faire remarquer
à votre supérieur (hiérarchique, s’entend)
que votre entreprise ne sait plus combien de sites elle gère
et qu’aucune
coordination ne les harmonise.
-
Il
pourrait vous en être reconnaissant.
-
Salve
veritate!
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QUICK WIN (22/1/10)
-
La
méthode Six Sigma est une méthode structurée
de management signée Motorola, visant une amélioration
de la qualité et de l'efficacité des processus.
-
Rien
à voir, donc, avec un double salaire.
-
La
méthode s’appuie sur une démarche fondée
à la fois sur la voix du client (enquêtes, etc.)
et sur des données mesurables et fiables.
-
Dans
l’approche Six Sigma, un quick win est une solution déjà
validée ailleurs qui permet de sauter une étape
de mise en œuvre du système qualité et de
gagne ainsi
du temps.
-
Du
vocabulaire des qualiticiens, la formule s’est progressivement
étendue au langage du management.
-
Il
n’est pas rare de voir un projet d’investissement
ou une mesure d’organisation qualifiés de quick
wins.
-
Avec
plus ou moins de succès car ce qui fonctionne dans une
culture peut s’avérer désastreux dans une
autre.
-
Je
ne citerai aucun nom.
*******
DETTE (21/1/10)
-
«
Martine Aubry montre un signal fort de reprise en main du parti.
»
-
«
Le projet de l'Assemblée nationale devrait être
vu comme un signal fort en direction des porteuses de burqa.
»
-
«
La présence massive des forces étatsuniennes est
un signal fort à la direction de la communauté
internationale »
-
Le
signal fort est omniprésent parmi les dépêches
et communiqués de presse.
-
A
la différence d’un message, qui peut être
clair et univoque, le propre d’un signal, même fort,
est de devoir être interprété, décodé.
-
On
est dans la dimension symbolique.
-
Un
signal fort peut dès lors mobiliser plus largement qu’une
instruction précise.
-
Les
leaders ont compris que c’est ainsi qu’on entraîne
l’opinion.
-
On
ne dirige plus par note de service mais par capacité
d’entraînement.
-
Le
foisonnement de l’expression signal fort est un signal
fort de l'évolution de la gouvernance et du management.
-
Ubi
maior, minor cessat.*
*
Le faible capitule devant le fort
*******
CLIVÉ
(20/1/10)
-
Le
nouveau PdG d’EDF ne percevra qu’un seul salaire.
-
L’ancien
PdG de Veolia percevra un salaire annexe.
-
Schizophrénie
? Non : clivage.
-
Schizophrène
va pouvoir prendre sa retraite : la relève est assurée
dans le langage de l’entreprise.
-
Désormais,
de celui qui agit en contradiction avec ses principes ou ses
décisions, on dit qu’il est clivé.
-
Dans
le vocabulaire de la géologie, le clivage est la faculté
d'un minéral de se rompre suivant un plan.
-
Dans
celui de la psychanalyse, le clivage du moi exprime la coexistence
de deux potentialités contradictoires, l'une portée
à tenir compte de la réalité, l'autre
-
prédisposée
au déni de cette réalité.
-
Longtemps,
la préférence du monde professionnel pour qualifier
les comportements dédoublés est allée à
schizophrène.
-
Mais,
peut-être parce qu’on mesure mieux dans le grand
public la gravité de la maladie, beaucoup hésitent
aujourd’hui à convoquer schizophrène dans
leurs mots
de tous les jours.
-
Et
clivé, aux origines plus hybrides, prend la relève
lorsqu’il s’agit de dire, avec euphémisme,
de quelqu’un qu’il se comporte en hypocrite.
*******
NOCIVES,
LES BULLES (19/1/10)
-
Tourbillonnantes,
évanescentes, chatoyantes, impétueuses ou voluptueuses,
elles jaillissent par myriades, activées par myriades
sur les particules minérales (tartrates, carbonates)
des parois de la flûte.
-
Pour
Michel Onfray, « la preuve du monde, c'est le champagne
dont les bulles sont des comètes qui traversent l'espace,
des étoiles qui flambent dans le cosmos des
forces qui strient sur le mode lumineux les ciels contenus dans
des coupes de verre ».
-
Mais
Hubert Reeves nous a montré samedi que la nucléation,
l'ascension et l'éclatement d'une bulle de champagne
ne sont pas sans conséquences sur l'environnement.
-
Le
mal commence avec les fermentations alcoolique et malolactique.
-
Mais
l'ajout subséquent de liqueur entraîne de surcroît
une troisième phase gazeuse dans le produit fini.
-
Heureusement,
il existe des ampoules basse consommation.
-
Les
vins effervescents élaborés de manière
classique (à l’instar de la champagnisation en
Champagne) créent environ 240 000 bulles par bouteille.
-
Alors
que les vins mousseux élaborés en cuves (procédé
Charmat) n’en produisent que 40 000.
-
A
bene placito*!
*
à votre bon plaisir
*******
GLOBAL WARMING, COOLING... (18/1/10)
Une
planète grisâtre rencontre une planète verte.
- Mais que t’arrive-t-il ?
- Je suis infectée par une humanite aiguë.
- Oh, n’aie pas peur. Moi aussi, je l’ai attrapée,
mais c’est parti tout seul !
- C’est
par cette blague qu’Hubert Reeves a conclu sa conférence
au théâtre des Champs-Élysées samedi
soir.
- Devant
un public qui riait jaune.
- La voie
Lactée (que vous pouvez encore contempler du Sahara)
englobe environ 100 milliards d’étoiles.
- Dans l’état
actuel de nos connaissances, on compte 100 milliards de voies
lactées.
- Les molécules
qui composent les êtres vivants sont issues des réactions
chimiques et thermiques stellaires.
- Chaque
cataclysme interstellaire affecte l’environnement sidéral.
- Tout est
lié.
- Depuis
650 millions d’années que la vie est apparue sur
Terre, cinq cataclysmes ont bouleversé son environnement.
- Le dernier
ayant éradiqué les dinosaures.
- La moitié
des espèces a survécu à chacun de ces cataclysmes.
- Depuis
2000, nous sommes en train d’assister au début
du sixième cataclysme.
- La température
augmente, entraînant l’élévation du
niveau des mers à un rythme accéléré
(fonte des glaces, dilatation de l’eau).
- Les gaz
envoyés dans la mince couche atmosphérique (100
km) s’y concentrent et retiennent la chaleur (effet de
serre).
- Chaque
fois que vous ouvrez une bouteille champagne, certes vous réchauffez
l’atmosphère ambiante, mais aussi l’atmosphère
tout court.
- Mais en
dehors de ces effets spectaculaires, se prépare un cataclysme
d’une autre ampleur : la disparition des vers de terre
par déversements massifs e systématiques
d’insecticides.
- La population
mondiale augmente, les surfaces arables diminuent.
- Seul lueur
d’espoir pour l’homme : la prise de conscience par
ceux qui détiennent le pouvoir et l’argent.
- En tout
cas, aucune inquiétude, comme de par le passé,
la nature va s’en tirer, mais nous risquons de ne pas
être là pour le constater.
- Hubert
Reeves nous en a mis plein les mirettes. J'ai applaudi.
- Tout comme
j'applaudissais la communauté scientifique et les médias
qui nous annonçaient, dans les années 70,…
le refroidissement inéluctable de la terre.
- "The
surest sign that intelligent life exists elsewhere is that they
haven't contacted us".
Couverture de Time Magazine : 
-
Newsweek
(28 avril 1975) : "Les preuves de ces prédictions
commencent à s’accumuler massivement (...). Pour
les scientifiques, ces incidents, apparemment isolés,
représentent les signaux avancés de changements
fondamentaux dans le climat mondial. Le fait central est qu’après
trois quarts de siècle de conditions extraordinairement
douces, le climat de la terre semble se refroidir".
-
En
1974, la National Science Board (USA) : “During the last
20 to 30 years, world temperature has fallen, irregularly at
first but more sharply over the last decade. Judging from the
record of the past interglacial ages, the present time of high
temperatures should be drawing to an end…leading into
the next ice age.
-
Life
Magazine (janvier 1970) : "by 1985 air pollution will have
reduced the amount of sunlight reaching earth by one half….”
-
*******
MONDEGREEN (15/1/10)
-
Dans
l’environnement du calembour, j'aurais dû évoquer
d'autres spécificités anglophones.
-
Le
malapropisme est une erreur linguistique nommée
d’après Mrs Malaprop, personnage d’une comédie
de Sheridan (allusion évidente à mal à
propos).
-
L’acyrologie
ou l’akirologie est une expression improprement
utilisée.
-
Le
mondegreen est un mot créé par l'écrivain
Sylvia Wright sur une ballade écossaise « They
have slain the Earl of Murray / And they layd him on the green
», dans laquelle
« laid him on the green » peut être perçu
comme « Lady Mondegreen ».
-
Ce
qui rappelle évidemment le très cornélien
« Et le désir s'accroît quand l'effet se
recule » (n'oublions pas que Corneille est soupçonné
d'avoir écrit des pièces
-
signées
Molière).
-
Ou
le double entendre de Serge Gainsbourg « Un zeste de citron
» conduisant délibérément, dans le
contexte, à « inceste de citron ».
-
«
The answer my friend is blowin' in the wind » => «
Dead ants are my friends; they're blowin' in the wind »
(Bob Dylan).
-
«
Sont des mots qui vont très bien ensemble; très
bien ensemble » => « Sunday monkey won't play
piano song, play piano song » (les Beatles).
-
«
Gladly The Cross I'd Bear » => « Gladly, the
cross-eyed bear » (refrain traditionnel).
-
«
Excuse me while I kiss the sky » => « Excuse
me while I kiss this guy » (Purple Haze, Jimi Hendrix).
-
Bon,
c'est le moment de me fondre dans cette « Silent Night
»", afin de « sleep in heavenly peace »,
encore sous le charme des « heavenly peas » dégustés
hier soir…
*********
HAITI (14/1/10)
-
Malédiction,
malédiction, tous en scène
-
Nous
ne quitterons pas cette île de rêve
-
Sans
jeter un dernier regard
-
A
colorier chez soi ou à consumer sur place*
-
L'île
des poètes, victime d'une perpétuelle injustice.
-
Ad
nauseum.
*
"La Malédiction" Alain Bashung
*******
MONOLOGUE
INTERCULTUREL (14/1/10)
-
J’ai
été invité par des amis indigènes
dans la France profonde.
-
Etait-ce
le 11 juillet ? Je ne suis plus sûr.
-
En
tout cas, ils célébraient une victoire arrachée
sans notre aide.
-
Le
garage n’avait qu’une doux chevoux à me louer.
-
Au
bout de quelques kilomètres dans la garrigue de Picardie,
ma guimbarde rendait l’âme.
-
Aussitôt,
la nuit est tombée, car c’est comme ça,
en France.
-
Je
maîtrise parfaitement l’idiome de l’auteur
des Mis*, mais je n’en menais pas large car un vent haineux
soufflait.
-
Pour
sûr, il me transmettait une critique sur l’Irak
ou la Nouvelle-Orléans.
-
Mon
mobail était hors de portée des émetteurs,
car les grenouilles arrogantes évitent les sociétés
américaines qui, elles, offrent un service professionnel.
-
Coup
de chance, une charrette tirée par des bœufs passait
par là.
-
Sous
son béret noir, le cocher a repéré le baquechiche
facile.
-
Il
a posé sa baguette et son litron de rouge, et m’a
lancé : « Ah ! L’Amérique ! Mickey,
John Wayne, baraque au bas mot ! ».
-
En
fait, il m’a appris que la résidence de mes amis
ne se trouvait qu’à quelques pieds.
-
C’est
que, dans ce pays, les panneaux sont rédigés en
dialecte local.
-
Prévenus
de mon arrivée, mes amis ont abaissé leur pont-levis.
-
Je
leur ai fait part de ma mésaventure.
-
Ils
ne purent que soupirer : « Ah, my friend, la Fronce est
foutioue ! ».
(publié
par The All American News – débusqué par Courrier
International – un poil arrangé par mézigue).
PUN : Two hydrogen atoms meet. One says, 'I've lost my electron.'
The other
says, 'Are you sure?' The first replies, 'Yes, I'm positive.'
*
Les Misérables
***********
ALBION
(12/1/10)
-
Comme
je le disais hier, la perfide Albion ne dédaigne pas
les puns.
-
There
was the person who sent ten different puns to friends, with
the hope that at least one of the puns would make them laugh.
No pun in ten did.
-
Pour
Pline le Jeune, Albion fait référence à
la couleur blanche (albus) des falaises crayeuses de
Douvres.
-
Mais
le poète de la Renaissance Edmund Spenser fait référence
au fils de Neptune : « le puissant Albion, père
du peuple vaillant et guerrier qui occupe les îles de
la Bretagne
».
-
Mais
pourquoi perfide ?
-
C’est
qu’au regard de l’Histoire, la France et l’Angleterre
se sont trouvées plus souvent adversaires qu’alliées
(rappelez-vous la cravate noire des navigants français,
tant
sur les mers que dans les airs).
-
«
L'Angleterre, ah, la perfide Angleterre, que le rempart de ses
mers rendait inaccessible aux Romains, la foi du Sauveur y est
abordée », écrivait Bossuet.
-
Le
mot revient ensuite chaque fois que les intérêts
de l’Angleterre et de la France s’opposent.
-
Hannibal
ante portas!*
*l’ennemi
est à vos portes
*****
CALEMBOURS
(11/1/10)
-
C’est
sur sa prononciation qu’on jauge un Britannique.
-
Mais
c’est sur sa graphie qu’on juge un Français.
-
Le
Français, que voulez-vous, est prisonnier de la logocratie
ambiante.
-
Au
contraire de la majorité des langues, le parler français
s’appuie sur l’écrit.
-
De
surcroît, il est vocalique et peu accentué.
-
Aucune
différence entre « les rapaces" et «
les rats passent ».
-
Alors
que « mighty tower » ne saurait être confondu
avec « my tea tower ».
-
Le
hiatus entre français parlé et écrit laisse
le champ libre à une perversion que d’aucuns trouvent
délicieuse : le calembour.
-
On
y exploite les homonymies*, les homophonies**, les paronymies***.
-
Et
aussi la polysémie****.
-
Les
puns anglais sont nettement moins souvent convoqués
que les calembours,
-
Et
s’appuient surtout sur paronymies et polysémies.
-
The
roundest knight at King Arthur's round table was Sir Cumference.
He acquired his size from too much pi.
-
Don't
join dangerous cults: practice safe sects!
-
A
backward poet writes inverse.
-
Ainsi,
grâce à ce billet, j’espère que chaque
matin, vous vous levez de bonheur…
* mots qui s'écrivent ou se prononcent de la même
façon, mais différents par le sens
** mots différents ayant la même prononciation
*** mots qui se ressemblent, tant par l'écriture que
par la prononciation
**** mots ayant plusieurs sens
*******
FORMULES (8/1/10)
-
Aucun
doute, « cordialement » ou autres « bien à
vous » évitent bien des réflexions tortueuses.
-
Attention
avant de griffer un « Je vous prie d'agréer, Madame,
l'expression de mes hommages respectueux » : vous invoquez
la formule épistolaire traditionnelle neutre
d'un homme à une femme.
-
Mais
l’heureuse destinataire doit avoir un âge minimum,
et ne doit pas relever de votre autorité.
-
En
tapant un « Je vous prie d'agréer, Madame / Monsieur,
l'expression de mes sentiments distingués », vous
prenez moins de risques car la formule concerne une
-
femme
s’adressant à une femme ou un homme à un
homme.
-
Mais
le mot « sentiment » a une connotation affective,
et il existe aussi des sentiments d'indifférence.
-
Vous
pouvez aussi tenter « l'expression de ma considération
distinguée ».
-
Oui,
mais le mot « considération » a là
quelque chose de condescendant, sauf si vous le faites précéder
de « haute ».
-
De
toutes les manières, prendre la plume c’est prendre
des risques, témoin ce que nous offre la presse quotidiennement.
-
Tenez,
récemment (pas d’attaques ad hominem) :
-
Des
individus d'obédience arabe.
-
Il
a fait un virage à 360 degrés.
-
Le
taux d'alcoolémie (l'alcoolémie signifiant le
taux d'alcool).
-
La
poule aux yeux d'or.
-
Le
parti a décidé de s'autosaborder.
*******
GENTRIFICATION (7/1/10)
-
On
désigne ainsi l'embourgeoisement d'un environnement urbanisé.
-
Un
quartier se modifie, prend ses aises.
-
Suite
à l'invasion massive de noblieaux, un secteur se gentrifie.
-
De
l'anglais gentry, petite noblesse.
-
De
populaires, des quartiers deviennent huppés.
-
Les
loyers augmentent, les habitants sont chassés, les commerces
changent, les bâtisses sont réparées.
-
Ainsi
le Marais à Paris, où les demeures délabrées
de l'aristocratie du 17e et 18e ont été réhabilitées.
-
Les
locaux industriels trouvent de nouvelles vocations (lofts).
-
Bref,
la gentrification, c'est la boboisation (« bohemian bourgeois
», du titre du livre de David Brook Bobos in Paradise),
démarche de ceux qui veulent avoir une vie libertaire
malgré leur argent, et qui veulent se faire passer pour
originaux.
-
Appelés
à être remplacés par les créatifs
culturels, une catégorie de gens qui recherchent authenticité
et vérité.
-
Et
sequentes...
*******
CORDIALEMENT (6/1/10)
-
Comme
souvent en matière d’étiquette, ce sont
les Anglo-Saxons qui ont donné le signal.
-
Il
y a bien longtemps, en effet, qu’aux formules de politesse
alambiquées, les courriers de langue anglaise préfèrent
le bref et simple Sincerely yours.
-
En
français, il nous a donné sincèrement
vôtre, puis aujourd'hui cordialement.
-
Rapidement
devenu la conclusion la plus courante de la correspondance électronique,
cordialement a progressivement conquis une part de
marché dans les courriers
traditionnels, y compris de type administratif.
-
Mais
le mot est devenu si fréquent que d’aucuns hésitent
aujourd’hui à l’utiliser de façon
brute ou systématique.
-
Ce
qui importe désormais est la façon dont on utilise
le cordialement.
-
Certains
l’accompagnent d’un très ou d’un bien.
-
D’autres
ne l’emploient que de façon intermittente.
-
Chacun
sait en effet qu’une bonne communication passe par un
effort de personnalisation.
-
Donner
du cordialement, du temps où il était encore courant
de présenter ses sentiments distingués, constituait
une marque d’attention.
-
Mais
la formule est devenue si banale qu’elle peut passer aujourd’hui
pour de l’indifférence.
-
De
là viennent, sans doute, les interrogations de ceux qui
savent que l’important est de se distinguer.
-
Jusque
dans les formules de politesse.
-
C'est
tout pour aujourd'hui. Bien à vous.
*******
GRIPAILLE (5/1/10)
-
Roselyne
Bachelot s’est peut-être inspirée d’une
maxime d’un autre ministre, André Malraux : «
Pessimisme de la pensée, optimisme de l'action ».
-
Elle
s’est ruée vers les vaccins et les laboratoires
se sont rués vers l’or.
-
En
Asie, même cause, (presque) mêmes effets.
-
Les
Chinois achètent massivement de l'ail pour se protéger,
selon une croyance ancestrale, de la grippe.
-
Conséquence
: le prix de gros de l'ail a été multiplié
par quinze.
-
Le
Financial Times estime que le bulbe d'ail est presque aussi
menacé que la bulle immobilière.
-
Avec
des enjeux plus graves.
-
Quand
une bulle est à la veille d'exploser, le marché
se fige.
-
Si
l'on cesse d'acheter et de vendre des appartements à
Shanghai, ils restent vides.
-
C’est
un demi-mal.
-
S'il
devient impossible de se procurer de l'ail, les choses risquent
en revanche de prendre une autre tournure.
-
On
rapporte en effet que le premier conflit social de l'histoire
de l'humanité a été provoqué par
la ration d'ail supprimée aux esclaves égyptiens
construisant les
-
pyramides.
-
Pour
les pharaons, ce fut le début de la fin.
-
Alors
à Pékin, on craint les dégâts des
aulx.
-
Ail,
ail, ail !
*******
2010, LE PARADIS PAR DEFAUT (4/1/10)
-
C’est
un étudiant de Nanterre qui a administré cette
démonstration pour le moins optimiste, en réponse
à un examen blanc en TP de chimie: " l'enfer est-il
exothermique ou endothermique ? "
-
Premièrement,
nous avons besoin de connaître comment varie la masse
de l’enfer avec le temps.
-
Nous
avons pour ce faire besoin de connaître à quel
taux les âmes entrent et sortent de l’enfer.
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Sans
risque, nous pouvons assumer qu’une fois entrées
en enfer, les âmes n’en ressortent plus.
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En
ce qui concerne le nombre d’entrées des âmes
en enfer, observons les lois des différentes religions
actuellement pratiquées sur la planète.
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A
une large majorité, les incroyants vont en enfer.
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Comme
il existe plus d’une religion et comme les croyants ne
se soumettent qu’à une seule foi, nous pouvons
raisonnablement projeter que toutes les âmes vont en
enfer.
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Maintenant,
regardons la vitesse de changement de volume de l’enfer
en fonction de la loi de Boyle-Mariotte, qui spécifie
que « la courbe p = f(V) est proche d'une hyperbole
équilatère en coordonnées dites de Clapeyron
(p,V) , soit pV = constante pour une température donnée
constante ».
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Cela
revient à dire que pour que pour que la pression et la
température restent identiques en enfer, le volume de
l’enfer doit se dilater proportionnellement à l’entrée
des
âmes.
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D’où
il se déduit évidemment deux possibilités
:
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Si
l’enfer se dilate à une moindre vitesse que l’entrée
des âmes, alors la température et la pression augmentent
infiniment jusqu’à son éclatement.
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Si
l’enfer se dilue à une vitesse supérieure
à la vitesse d’entrée des âmes, alors
la température diminue, et atteint inexorablement zéro.
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Mais
entre ces deux hypothèses, laquelle choisir ?
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Soit
le postulat de ma voisine de TP Claudine qui m’a affirmé
: « il fera froid en enfer avant que je couche avec toi
», et tenant compte du fait qu’elle m’a ouvert
les portes
de son paradis la nuit dernière, alors l’hypothèse
numéro deux est avérée.
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La
démonstration est ainsi faite que l’enfer est exothermique
et qu’il a déjà gelé.
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Le
corollaire, c’est que, comme l’enfer a déjà
gelé, il n’accepte plus aucune âme et du
coup n’existe plus… laissant ainsi seul au monde
le paradis.
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Ce
dont on peut déduire l’existence d’un être
divin,
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Et
ce qui permet accessoirement de comprendre pourquoi, la nuit
dernière, Claudine n’arrêtait pas d’implorer
« Oh ! Mon Dieu ! Oh ! Mon Dieu... ».
* qui évacue la chaleur – qui absorbe
la chaleur
*Cette
démo circule sur le Net en anglais depuis quelques années

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