LA DANSE DES MOTS, billet quotidien, avec Oomark   

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RICH COMMERCE (27/2/09)

  • De même que le rich media regroupe les applications Internet qui intègrent plusieurs médias (son, image, vidéo), le rich commerce rassemble les dispositifs de vente qui mettent en œuvre les ressources d’animation de l’image les plus récentes.
  • Grâce aux technologies actuelles, on peut désormais proposer sur les sites web des animations personnalisées légères.
  • Les créatifs ne manquent pas de se laisser inspirer.
  • C’est ainsi que le consommateur peut simuler sur un mannequin l’effet d’un choix de vêtements, ou sur une photo de lui-même l’apparence d’une monture de lunettes.
  • Mais le rich commerce, parfois aussi appelé R-Commerce, ne se limite pas au web.
  • On commence à voir, par exemple, des applications d’écrans tactiles dans les galeries marchandes.

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KRACH (26/2/09)

  • C’est en 1873 que le terme krach apparaît lors des crises boursières de Vienne et de Berlin.
  • Le mot a la même signification que le crash anglais.
  • Lorsque la formule krach s’impose en France, elle signifie d’emblée désastre boursier.
  • Ce n’est que par la suite qu’on prit l’habitude de la décliner en krach immobilier, krach obligataire, etc.
  • Stricto sensu, un krach boursier est donc un pléonasme.

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HYPOCORISTIQUE (25/2/09)

  • Comme Monsieur Jourdain la prose, nous pratiquons tous l'hypocoristique sans généralement le savoir.
  • Du grec hypokoristikos (cajoler, caresser), l'hypocoristique est le fait d'utiliser des diminutifs affectueux, formés avec des suffixes ou par redoublement
  • Le même terme désigne la partie et le tout
  • On le rencontre également en qualité d'adjectif
  • Les mots sœurette et fifille sont des diminutifs hypocoristiques
  • Jeannot et Pierrot sont des hypocoristiques dérivés de Jean et Pierre
  • Et lorsque la duchesse de Guermantes donne du Mémé au baron de Charlus, elle fait dans l'hypocoristique mondain (notez le masculin)
  • Certaines langues sont particulièrement adeptes des diminutifs affectueux : le russe ("Valodia" pour Vladimir) ou l'espagnol qui étend même son champ hypocoristique aux noms communs ("mañanita"). L'anglais n'est d'ailleurs pas de reste : témoin ce "yestie" australien (pour "yesterday")
  • En anglais, hypocoristic, tout simplement.

P.S. : L'on me dit que “yestie” ne serait pas une formation hypocoristique de la forme yest + ie, mais tout simplement une transcription phonétique du mot tel qu’il serait prononcé par un Australien

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ETRE CONFORTABLE (24/2/09)

  • En français, l’adjectif confortable s’applique normalement à la chose et non à la personne.
  • Il n'y a pas si longtemps, on disait qu’un fauteuil était confortable. On ne disait pas qu’on s’y sentait confortable.
  • Et puis nous est venue d'outre-Manche et d'outre-Atlantique l’habitude de nous donner du confortable à nous-mêmes. Déformation classique.
    Etre ou se sentir confortable, c’est être à l’aise.
  • Ainsi, un manager se déclarera confortable avec son budget quand il a confiance et sait qu’il a de la marge, ou un technicien sera confortable avec les délais qu'il aura calculés larges.
  • La résistance s'organise pourtant.
  • Il blesse, dans cette acception déformée, l’orthodoxie syntaxique.
  • Il rejoint les bataillons d'anglicismes déjà bien implantés chez nous, mais son emploi "en miroir" engage la responsabilité du locuteur.
  • On n’y fait pas appel à la légère.
  • Ceux qui se risquent à être confortables sont peut-être plus dignes de confiance que d’autres.

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MACEDOINE (19/2/09)

  • L'histoire récente l'a rappelé : les Balkans constituent un imbroglio de nationalités enchevêtrées.
  • Au coeur de cette poudrière qui devait conduire à la première guerre mondiale : la Macédoine.
  • La métaphore est historiquement datée : c'est au tournant des XIXè et XXè siècles, lorsque la Question d'Orient était de toutes les rencontres diplomatiques, que s'est imposé le nom de Macédoine pour ces salades dont la diversité des ingrédients fait la saveur.
  • Mais les habitants de l'ex-Yougoslavie nous le rendent bien : ces mêmes salades, à Belgrade tout comme à Skopje, on les appelle salades à la... française.
  • C'est le discours du berger à la bergère.
  • On voit toujours midi à sa porte.
  • Equivalent... idoine en anglais (avec la même connotation péjorative) : mixed bag

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REMARQUABLE (18/2/09)

  • Le 20 septembre 2007, le président de la République accorde un entretien télévisé à Arlette Chabot pour France 2 et Patrick Poivre d’Arvor pour TF1.
  • Les observateurs constatent que le chef de l’Etat utilise 27 fois le mot remarquable.
  • En sont ainsi gratifiés : Angela Merkel, François Fillon, Xavier Darcos, Valérie Pécresse, Bernard Kouchner, Fadela Amara, Cécilia Sarkozy, Claude Guéant, et collectivement les collaborateurs du président à l’Elysée.
  • L’adjectif remarquable vient pour l’essentiel en accompagnement du mot travail.
  • Projeté brutalement dans l’actualité, le statut du mot remarquable change immédiatement dans le langage de l’entreprise.
  • Certains l’utilisent d’autant plus qu’il se trouve consacré au plus haut niveau.
  • D’autres s’en méfient pour la même raison.
  • Mais remarquable disparaît du langage présidentiel aussi soudainement qu’il l’avait envahi.
  • Le mot retrouve sa liberté : on recommence à dire remarquable dans les échanges professionnels sans arrière-pensée.
  • Jusqu’au 5 février 2009, où cet adjectif qui ne passe pas inaperçu est à nouveau convoqué dans l’interview qu’accorde le président de la République à la télévision.
  • Cette fois, c’est la garde des Sceaux, sur le départ, dont le boulot se voit qualifié de remarquable.
  • S’il exprimait l’encouragement en 2007, le mot résonne alors comme une consolation.
  • Hier winner, le voilà plutôt loser.
  • Dans l’incertitude, mieux vaut donc sans doute s’abstenir de l’utiliser, ou alors, en anglais : significant.
  • Et se reporter sur : admirable, bath (pour mémoire), beau, bluffant, brillant, considérable, distingué, éblouissant, éclatant, émérite, éminent, épatant, étonnant, excellent, exceptionnel, extraordinaire, fameux, formidable, fort, frappant, génial, glorieux, incomparable, insigne, magistral, marquant, mémorable, notable, rare, saillant, signalé, singulier, super, surprenant, top, transcendant, trop, trop fort…

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HEDGE FUNDS (17/2/09)

  • Selon qu’on le traduit par fonds alternatif ou fonds de couverture, le hedge fund prend, dans l’imaginaire collectif, une allure différente.
  • Apparus dans les années 50, mais surtout actifs depuis vingt ans, les hedge funds sont des fonds gérés de façon hétérodoxe.
  • Pour certains, la différence par rapport à une gestion classique peut venir du fort effet de levier par endettement qu’ils s’autorisent, ou d’un goût particulier pour les produits dérivés : ces fonds sont spéculatifs.
  • Pour d’autres, ce peut être au contraire le fait de n’investir que dans l’économie solidaire : ces fonds relèvent de l’investissement socialement responsable.
  • Le monde des hedge funds est donc comme une auberge espagnole, partiellement en marge de l’establishment financier.
  • Du fait de leur position atypique, les hedge funds se sont vu reprocher une « complicité » dans la crise des subprimes.
  • Il y a, certes, des hedge funds collés dans la crise des subprimes, mais tout le système financier est impliqué.
  • Si les hedge funds ont une réputation contrastée, c’est sans doute qu’ils incarnent aisément la main invisible qui, dans certaines imaginations, gouvernerait les marchés.
  • Mais peut-être, paradoxalement, ces mêmes hedge funds sont-ils la clé de la crise des subprimes, en rachetant les mauvais crédits ?

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FINANCIERE OU BONNE FEMME ? (16/2/09)

  • Dans le langage de la gastronomie, est cuisiné à la financière ce qui est accompagné d'une garniture riche.
  • Par opposition, une garniture pauvre est dite à la bonne femme.
  • La sauce financière est la plus courante des préparations à la financière.
  • C'est l'élément de base de garniture pour les bouchées à la reine, les "vol-au-vent" et les quenelles.
  • On peut la réaliser avec du poulet, de la dinde, du jambon blanc, etc.
  • La sauce financière comporte généralement des champignons et est souvent arrosée de Madère.
  • Mais il existe de nombreuses variantes.
  • En cuisine comme à la bourse, la sauce financière demeure entourée de quelque mystère.
  • Et certains se félicitent parfois de lui préférer la sauce bonne femme !
  • Gravy vs sauce ?

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MIDDLE OUT (15/2/09)

  • Les approches bottom up et top down sont passées dans le langage commun.
  • Bottom up, c’est le processus, notamment managérial, qui part du particulier pour s’élever à la généralité, qui s’appuie sur la connaissance de terrain pour promouvoir les choix stratégiques.
  • Top down, c’est le cycle inverse, consistant à poser un principe puis à en décliner les applications, ou à décider au sommet et faire exécuter à la base.
  • Une troisième formule pourrait bien rivaliser prochainement avec ces deux expressions déjà installées : middle out.
  • Issu du jargon informatique, middle out caractérise les dispositifs régis par les corps intermédiaires, le middle-management lorsqu’on est dans l’entreprise.
  • Le « centre », c’est généralement le lieu où la théorie et la pratique se confrontent : espace de savoir, d’expérience, de mémoire.
  • Pratiquer le middle-out, c’est donner la parole aux équipes intermédiaires, c’est souvent faire parler le bon sens.
  • A l’heure de la remise en cause des modèles de management, le middle out semble promis à un bel avenir.

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PROCRASTINATION (13/1/09)

  • Certains sont meilleurs, et le savent, en travaillant dans l'urgence.
  • D'excellents élèves, des commerciaux brillants, des écrivains puissants, ne donnent ainsi le meilleur d'eux-mêmes qu'en se mettant à l'oeuvre à la dernière minute.
  • Mais l'attitude qui consiste à toujours reporter à plus tard ce qu'on pourrait ou devrait faire maintenant est généralement considérée par les pyschologues comme une pathologie, connue sous le nom de procrastination.
  • De pro (devant), en avant et cras (demain).
  • Peut-on y remédier ?
  • Une équipe de chercheurs allemands de l'université de Constance s'est livrée à une série de tests qui révèlent que nous passons plus vite à l'action si l'on nous propose des tâches concrètes que lorsqu'on nous soumet des questions abstraites.
  • Ainsi, à un enfant présentant des signes de procrastination, mieux vaut dire "apprends ta leçon de français" plutôt que "va faire des devoirs".
  • Ou à un commercial "quel est ton chiffre d'affaires ?" plutôt que "tu me donneras ton reporting".
  • Les publicitaires le savent bien qui, lorsqu'il s'agit de vendre, donnent à leurs messages un contenu précis et concret.

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BLACK HATS, WHITE HATS (12/2/09)

  • Peut-être certains des Black Hats portent-ils un chapeau noir, mais on ne le sait pas parce qu’il est rare qu’on les rencontre.
  • Le monde des hackers, ces pirates « bidouilleurs » d’Internet, se répartit en effet en deux ensembles :
  • les White Hats, dont la philosophie est de dévoiler les failles de sécurité qu’ils découvrent, les Black Hats, dont les intentions criminelles sont dominantes.
  • Ces chapeaux blancs et noirs viendraient de la tradition des westerns.
  • Au far west, le bon porte souvent une tunique et un chapeau blancs, alors que le méchant est en noir.
  • On a retenu le même code couleur sur le net.
  • Et peut-être y aurait-il matière à filer plus en avant la métaphore.
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LA SAINT VALENTIN MULTILINGUE : esbroufe en 135 langues ! (voir le pdf) (10/2/09)*

La fête des amoureux est célébrée le
    • 14 février : Autriche, Canada, Danemark, France, Allemagne, Italie, Espagne, Royaume Uni, Etats-Unis,
    • le 17 février au Japon
    • le 12 juin au Brésil
    • le 20 août en Chine

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    AVOIR LA DALLE (10/2/09)
  • C'est au XIVème siècle qu'apparaît le mot dalle, issu de l'ancien nordique daela, signifiant évier, rigole ou encore gouttière.Un siècle plus tard, par métaphore, dalle en vient à signifier gosier.
  • Mais il faut attendre le XIXè siècle pour qu'apparaissent par métonymie les expressions se rincer la dalle ou avoir la dalle en pente, pour dire boire abondamment.
  • Avoir la dalle, ou la crever, signifient ensuite "avoir soif".
  • Par extension, on passe dans la foulée du boire au manger : avoir la dalle, c'est aujourd'hui crever de faim.
  • trad. : to have the slab
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C'EST DU SERIEUX (10/2/09)

  • Dès l’après-midi du 8 janvier 2008, l’expression employée le matin même dans sa conférence de presse par le président de la République était sur toutes les lèvres.
  • Elle y est curieusement encore, notamment dans les entreprises.
  • D’un appel d’offres à ne pas manquer, on dit maintenant : c’est du sérieux.
  • Un gros calibre rejoint la société : c’est du sérieux encore.
  • Un client manifeste son mécontentement : c’est du sérieux, toujours.
  • Pourquoi cette prégnance ?
  • Risquons une explication.
  • Le philosophe et haut fonctionnaire Alexandre Kojève (1902-1968) disait que « la vie est une comédie, mais il faut la jouer sérieusement. »
  • Beaucoup partagent, sans la formuler, cette philosophie.
  • L’expression « c’est du sérieux », lancée de façon incongrue dans les salons de l’Elysée, en est une illustration.
  • L’utiliser dans le langage courant, en particulier dans les entreprises, c’est peut-être proclamer qu’on s’y reconnaît ?
  • Traduction : this is no joke!
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A LA BASE (9/2/09)

  • Au commencement, au départ, et au début ne sont plus dans la course.
  • Dans le vocabulaire de l’entreprise, à la base n’est vraiment en concurrence aujourd’hui qu’avec en amont et à l’origine.
  • Et il semble bien qu’à la base se détache en tête.
  • Comment expliquer cette pole position ?
  • Par l’euphonie ? Peu probable, à la base n’est franchement pas très élégant.
  • Par une réminiscence des cours de géométrie ? De mauvais souvenirs pour beaucoup, à écarter
  • Par référence aux structures syndicales ? Ah, Ah, Ah, très drôle !
  • L’interprétation est sans doute ailleurs : à la base signale une construction ascendante, un tropisme montant, une démarche hiérarchique.
  • Autant de repères dont l’insuffisance perturbe souvent les salariés.
  • Alors, dans l’inconscient du langage, ils rétablissent des fondations.
  • Et au recul de l’amont, comme au big bang de l’origine, ils préfèrent la solidité rassurante de la base.
  • Traduction : basically.
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TIRAMITSU (8/2/09)

  • Tiramisu vient du vénitien tirime sù, « tire-moi en haut », ou plus poétiquement « emmène-moi au ciel ».
  • Personne ne conteste qu'il s'agisse d'un dessert d'origine italienne, élaboré généralement avec les ingrédients suivants : œufs, sucre, mascarpone, alcool (traditionnellement de l'amaretto), boudoirs ou biscuits à la cuillère, café froid, cacao en poudre.
  • Mais au moins cinq régions d'Italie — le Piémont, la Lombardie, la Vénétie, le Frioul-Vénétie julienne et la Toscane — s'en disputent la paternité.
  • Certains lui voient des origines aristocratiques chez le duc de Toscane au XVIè siècle.
  • D'autres plutôt du côté des courtisanes de Venise au siècle suivant.
  • On prête des vertus aphrodisiaques au tiramisu.
  • Quoi qu'il en soit, la présence du tiramisu est signalée un peu partout en Europe dès le XVIIIème siècle.
  • Et c'est aujourd'hui un dessert universellement connu
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TOUT SE PASSE COMME SI (6/2/09)

  • La formule est ouvertement manipulatrice.
  • Elle suggère un lien de causalité tout en laissant entendre que celui-ci n’existe pas.
  • Il y a comme de la calomnie dans ce tout se passe comme si… : il en restera toujours quelque chose.
  • Il demeurera en effet dans l’imaginaire que deux phénomènes, dont on n’a nullement démontré qu’ils étaient dépendants, ont peut-être des facteurs communs : tout se passe comme si…
  • Puissante formule rhétorique capable, en associant sans justification deux idées, tout à la fois de provoquer la curiosité et de susciter le doute.
  • Il peut arriver, certes, que l’expression soit appelée pour aller vite.
  • Mais le plus souvent, c’est lorsqu’on manque de preuves qu’elle est convoquée.
  • Parade : demander pourquoi ?
  • En anglais : as if
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MAIN STREET, LES VRAIS GENS (5/2/09)

  • Qu’ont en commun les Franciliens qui protestent contre la SNCF, la cliente du supermarché qui commente pour la télévision le prix des légumes ou encore ce patron de PME qui doit s’adresser au médiateur pour obtenir le renouvellement de son crédit ?
  • Ce sont des vrais gens.
  • Main street, dit-on aux Etats-Unis.
  • Les partis politiques se les disputent.
  • Longtemps, l’expression n’a guère circulé dans les entreprises.
  • Pour une raison simple : s’il arrive à la sphère politique d’être déconnectée de la réalité, les entreprises semblaient incarner par construction le monde réel.
  • Mais voilà qu’on commence à y entendre évoquer les gens vrais.
  • C’est donc qu’il y en a qui sont perçus comme faux.
  • Effet de la crise : on a tendance à juger improbable, artificiel, voire faux, tout ce qui est associé aux illusions de l’économie virtuelle.
  • Et avec le doute qui s’installe sur les compétences de ses défenseurs, émerge une nouvelle confiance en ceux qui sont dans le concret : les gens... vrais.
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LA LANGUE DE BOIS (3/2/09)

  • Elle nous semble avoir toujours existé, cette expression, et, pourtant, elle a moins de trente ans.
  • La langue de bois nous vient en effet des Polonais qui, dans les années de Solidarnosc, s'approprie l’expression russe langue des arbres, en vigueur depuis les tsars, pour qualifier le discours creux du pouvoir officiel.
  • La formule française a depuis fait un beau parcours, au point d’inspirer à son tour le wooden language des Anglo-Saxons.
  • La forme et la fonction de la langue de bois dans la sphère politique sont d’évidence : il s’agit en quelque sorte de parler pour ne rien dire.
  • Son succès ne surprend guère : obligée de s’exprimer souvent mais avec prudence, la classe politique a appris à délivrer une eau tiède, dont chacun mesure la vacuité, mais qui occupe l’espace et le temps de la vie citoyenne.
  • Avec leurs contraintes économiques, les entreprises ne devraient pas pouvoir s’offrir le luxe de la langue de bois.
  • Et pourtant, celle-ci y prospère.
  • C’est que, tels les hommes politiques, les entreprises sont devenues des machines à communiquer : les obligations de communication y sont devenues si nombreuses que le risque apparaît de parler pour ne rien dire.
  • Passez au hasard en revue les sites web de quelques sociétés, y compris les plus grandes : vous observerez que bon nombre des formulations pourraient se transposer sans inconvénient d’un site à l’autre.
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BACK OFFICE (2/2/09)

  • Il fut un temps où les commerciaux avaient des patrons et des assistantes.
  • La vie était simple.
  • Quand on hésitait sur un prix, on disait qu’on allait en référer à sa direction.
  • Et pour les questions administratives, on orientait vers les assistantes.
  • S’il y a encore des patrons, les assistantes se font plus rares.
  • Blackberry en poche et PC dans sa sacoche, le commercial d’aujourd’hui doit tout faire.
  • Comment éviter alors d’affronter en première ligne les difficultés logistiques qu’on transmettait autrefois à l’assistante ?
  • Il suffit d’invoquer le back office.
  • « Je vais voir avec mon back office » fonctionne comme une formule magique.
  • Elle donne un air de process à une organisation qui souvent en manque.
  • Peu importe ensuite que le commercial soit généralement son propre back office : il aura gagné du temps.
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    LOBBYING (30/1/09)

    Enfin une alternative acceptable pour évoquer le lobbying à Bruxelles (bien plus actif qu'à Washington, de nos jours) :

    • "Influençage" ! Eh oui, il fallait y penser !
    • Et les lobbyistes : des "influenceurs" !

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    BÊTA (29/1/09)

    • On retrouve la lettre bêta en mathématiques, en physique et en informatique (qui ne se souvient des bêta versions d'Alta Vista).
    • Dans le domaine du décisionnel, si l’erreur de type alpha consiste à tenir pour vrai ce qui est faux, celle de type bêta est d’estimer faux ce qui est vrai.
    • En matière de logiciel, une version bêta est une version de test.
    • Et un site bêta : un client pionnier qui accepte de tester un produit qui n’est pas encore stabilisé.
    • De nombreux services web affichent encore la lettre bêta sur leurs pages d’entrée longtemps après leurs ouvertures.
    • La lettre bêta porte ainsi un double imaginaire.
    • D’un côté, on lui associe une dimension scientifique.
    • De l’autre, elle participe de la démarche expérimentale, de l’empirisme.
    • Plutôt qu’un long plaidoyer pour expliquer que ce que l’on propose n’est pas achevé, pourquoi ne pas simplement dire qu’il s’agit d’une version bêta ?
    • Chacun comprendra que le travail est sérieux, mais qu’il mérite encore l’indulgence.
    • C'est l'excuse du gros bêta...

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    GUICHET-DEPART (28/1/09)

    • C’est au cours des années 80 que l’euphémisme s’est imposé dans le langage des ressources humaines, et qu’aux licenciements se sont substitués les plans sociaux ou de sauvegarde de l’emploi.
    • Chaque fois le principe est le même : il s’agit de positiver.
    • Les guichets-départs sont plus récents, mais ils relèvent de la même philosophie.
    • Il est en effet devenu courant, dans le cadre des plans de sauvegarde de l’emploi (PSE), de proposer des dispositifs de départ volontaire.
    • Peut-être parce qu’il est arrivé qu’on y fasse la queue, les services chargés de prendre en charge et d’orienter les salariés concernés sont habituellement qualifiés de guichets-départs.
    • Et par synecdoque, cette figure de style consistant à prendre la partie pour le tout, le guichet-départ prend progressivement le relais du PSE pour dire licenciement.
    • Là où les réductions d’effectifs paraissent tournées vers le passé, les guichets-départs passent pour porteurs d’avenir.
    • On les met en avant : avec la crise, ils prospèrent dans la communication des entreprises.
    • Intraduisible, dans l'état actuel des choses.

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    KGB, SVP ! (27/1/09)

    • L'élément commun entre la police de l'ex-URSS et le service téléphonique américain KGB est que l'un et l'autre savent tout.
      Pour 50 cents, on peut en effet, aux États-Unis, poser n'importe quelle question par SMS à la société KGB : on vous répondra par le même canal, en quelques mots.
    • Il faut compter deux à quatre minutes pour la réponse.
    • Un milliers d'experts, généralement installés à leurs domiciles, se partagent les réponses selon le domaine de la question.
    • Google et Yahoo proposent déjà des services de même nature.
    • Ceux-ci ne coûtent que le prix de l'envoi d'un SMS, mais le champ qu'ils couvrent se limite aux adresses de restaurants, horaires d'avions et autres informations logistiques élémentaires.
    • Avec le KGB, on peut poser tout type de questions, y compris d'ordre métaphysique.
    • C'est l'équivalent de l'ancien service téléphonique SVP français.

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    MADOFF EMULE DE PONZI (26/1/09)

    • Une chaîne de Ponzi est une forme d'escroquerie par cavalerie, fonctionnant par effet boule de neige, consistant en la promesse de profits très intéressants, financés par l'afflux de capitaux investis progressivement, jusqu'à l'explosion de la bulle spéculative ainsi créée.
      Ce système tire son nom de Charles Ponzi, célèbre pour avoir mis en place une fraude postale aux États-Unis dans les années 20, fondée sur ce principe.
    • Né Carlo Ponzi en Italie en 1882, Charles Ponzi immigre aux États-Unis en 1903.
    • Après de petits métiers et quelques menues escroqueries, Ponzi rejoint à Montréal la Banco Zarossi, une banque spécialisée dans les services aux immigrants italiens.
    • La Banco Zarossi propose aux épargnants des taux de placement deux fois supérieurs à ceux du marché : elle fait faillite en 1908.
    • Dans l'intervalle, Ponzi a appris le métier et imité la signature de son patron pour se livrer à quelques opérations personnelles.
    • Condamné à passer trois ans dans un pénitencier du Québec, Ponzi retourne ensuite aux États-Unis où il est à nouveau emprisonné deux ans comme immigrant illégal.
    • En 1920, Charles Ponzi a sa grande idée de combine financière.
    • Avant la Première Guerre mondiale, l'Union Postale Universelle avait mis en place un dispositif permettant d'acheter dans un pays des coupons de réponse postale échangeables contre des timbres dans un autre pays.
    • Les parités d'échanges, fixées avant-guerre à une époque où les monnaies étaient stables, n'avaient pas été modifiées à l'issue du conflit : on pouvait ainsi acheter à bas prix en Italie des coupons postaux échangeables contre des timbres postaux américains en dollar de valeur élevée.
    • Ponzi met à profit cette anomalie pour organiser un vaste circuit d'arbitrage.
      Le système n'est pas illégal : Ponzi s'enrichit vite et distribue d'impressionnantes commissions à ses intermédiaires, puis des intérêts colossaux à ceux qui investissent dans le dispositif.
    • Mais on finit par s'apercevoir que Ponzi détourne une partie des revenus et que la mécanique fonctionne sur le principe de la cavalerie : les nouveaux clients payent pour les précédents.
    • Ponzi a, entre-temps, déposé les sommes détournées à la Hanover Trust Bank de Boston, dont il espère prendre le contrôle.
      Mais la manoeuvre est repérée : Ponzi est à nouveau poursuivi.
    • Il réussit à s'échapper en Floride, où il se lance dans l'immobilier, mais est vite, une fois de plus, condamné et incarcéré pour de nouvelles escroqueries.
      N'étant pas naturalisé Américain, il est expulsé en Italie à sa libération en 1934.
    • Il meurt en 1948 au Brésil.
    • Sa devise : "I looked for troubles -- I found them!"

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    MARQUEUR (23/1/09)

    • « Marqueur » est évidemment issu de marker. Déjà courant dans le vocabulaire de la sociologie, de la médecine, de la linguistique et de l'informatique, l'adjectif marqueur pourrait faire une belle carrière dans celui du management.
    • Google est formel : avant que l'expression "texte marqueur" ne soit utilisée fin 2008 dans le discours politique, on ne la rencontrait qu'accidentellement en informatique dans le codage HTML.
    • Le mot "marqueur" lui-même est courant dans des disciplines aussi diverses que la sociologie, la médecine ou la linguistique, mais il relevait jusqu'à présent du vocabulaire spécialisé.
    • La formule "texte marqueur" fait son apparition publique le 11 décembre 2008 quand le président de la République l'associe à son projet de réforme du travail dominical.
      La voilà lancée d'emblée au plus haut niveau.
    • Et avec elle, l'adjectif "marqueur" passe de l'Université à la politique.
    • Avec son parfum scientifique et sa portée métaphorique, il ne manque pas d'atouts.
    • Le verra-t-on poursuivre son chemin jusqu'au monde du management ?
    • Il y retrouverait de grands anciens - référence, gouvernance... - tous passés par la politique avant de rejoindre l'entreprise

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    DAMOCLES SWORD (22/1/09)

    • Cicéron et Horace nous ont transmis l'histoire.
    • Damoclès, un courtisan, ne cessait d'envier son maître, Denys, le tyran de Syracuse.
    • Pour lui montrer que, malgré sa richesse, la position de prince n'était pas si enviable, Denys fit asseoir Damoclès sur son trône et lui organisa un fastueux banquet.
    • Mais il fit suspendre au-dessus de sa tête une épée, retenue par un mince fil de lin.
    • Installé sous ce glaive menaçant, Damoclès ne prit guère de plaisir au banquet.
    • C'est à partir du début du XIXe siècle que l’épée de Damoclès s’impose dans notre langage comme synonyme de menace.
    • Dans les entreprises, l’épée de Damoclès est devenue synonyme de danger.
    • Autant dire qu’elle est omniprésente.
    • Faut-il lui préférer le siège éjectable ?
    • Du siège éjectable, on sort vivant, mais en perdant l’avion.
    • L’épée de Damoclès ne tombe jamais, mais inquiète toujours.
    • Comment trancher ?

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    LE POINT SUR LE HOMARD A L'AMERICAINE (21/1/09)

    • Les États-Unis ne sont pas pour grand-chose dans cette invention bien française qu’est le homard à l’Américaine.
    • Pierre Fraisse, natif de Sète, de retour d’Amérique où il avait fait, comme chef, un séjour à Chicago, fonda en rentrant à Paris vers 1860 le restaurant, vite à la mode, Peter's.
    • Un soir, alors qu'il s'apprêtait à fermer, une dizaine de convives insistèrent pour commander du poisson.
    • Il ne restait que des homards vivants, prévus pour le lendemain, et plus le temps de les faire cuire au court-bouillon.
    • Sous le coup de l’inspiration, Fraisse jeta dans une casserole du beurre, des tomates, de l’ail pilé, de l’échalote…puis du vin blanc, un peu d’huile, enfin une bonne dose de cognac.
    • Quand tout fut arrivé à ébullition, le chef se dit qu'il n’y avait qu’un moyen pour que le homard cuise vite, c’était de le découper en morceaux et de les jeter dans la sauce.
    • Le résultat fut éclatant.
    • Enthousiasmés, les clients demandèrent comment se nommait ce plat nouveau et savoureux.
    • Et Pierre Fraisse, encore sous le coup de l’influence de son récent séjour en Amérique, de répondre : "Homard à l’Américaine".
    • Il existait déjà certes des sauces voisines en Provence et en Languedoc, mais c'est chez Peter's qu'on y accommoda pour la première fois le homard.


    Ce qui donna au poète Raoul Ponchon l'occasion d'un délicieux quatrain :

    Une Américaine était incertaine
    Sur la façon de cuire un homard.
    Et si nous remettions la chose à plus tard ?
    Dit le homard à l’Américaine.

    N.B. Le homard est un casse-tête pour le traducteur. En effet, sur la côte est américaine, il n'a pas de pinces (mais il se nomme crayfish), alors que la langouste (lobster) est armée de puissantes claws

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    VOLENS NOLENS (16/1/09)

    • Volens est le participe présent du verbe volo : je veux
    • Et nolens le participe présent du verbe nolo : je ne veux pas
    • Nolens volens - ou volens nolens - signifie ainsi : le voulant ou ne le voulant pas.
    • Avant de s’imposer dans le langage courant, l’expression s’est établie dans le droit romain.
    • Il y a dans le nolens volens une forme de transcendance : s’il n’y a pas le choix, c’est parce qu’une exigence supérieure s’impose.
    • Dans l’entreprise, il arrive qu’on doive imposer une décision sans discussion possible.
    • On peut alors dire qu’il faudra s’y plier bon gré mal gré, ou encore qu’on le veuille ou non.
    • On risque alors d’être taxé au mieux d’abus de pouvoir, au pire d’obéissance aveugle.
    • Pourquoi ne pas utiliser alors le nolens, volens ?
    • La formule porte encore, dans son imaginaire, une dimension de fatalité.
    • Elle met tout le monde dans le même bateau.
    • À défaut de liberté, elle respire l’égalité et la fraternité... willy nilly

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    MOLOTOV (14/1/09)

    • Le terme « cocktail Molotov » est un hommage ironique des soldats finlandais à Viaftcheslav Molotov, ministre des Affaires étrangères de l'Union soviétique durant la Seconde Guerre mondiale.
    • En novembre 1939, l'URSS envahit en effet la Finlande : c'est le début de la guerre dite d'Hiver.
    • Quand Molotov prétend dans des émissions de radio que l'Union soviétique ne bombarde pas mais nourrit plutôt les Finlandais affamés, ceux-ci commencent à appeler les bombes aériennes soviétiques les « paniers pique-nique de Molotov ».
    • Bientôt ils répondent en saluant l'avancée des chars soviétiques avec des « cocktails Molotov » (Molotovin cocktail).
    • D'abord, le terme est employé pour décrire seulement le mélange brûlant lui-même, mais dans l'utilisation pratique le terme a été bientôt appliqué par métonymie à la combinaison de la bouteille et de son contenu.
    • L'utilisation finlandaise de cette bombe incendiaire à main se répand très vite à travers toute l'Europe durant la guerre, malgré les dangers de son utilisation.

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    POMODORO (13/1/09)

    • Les conquistadores découvrent au XVIe siècle une plante cultivée dans toute l'Amérique du Sud.
    • Ses petits fruits sont jaunes et son nom aztèque est tomatl.
    • Ils en envoient quelques plants en Espagne.
    • Mais cette plante y est longtemps considérée comme vénéneuse : les plants de tomatl ne jouent donc d'abord qu'un rôle décoratif.
    • Ce n'est que vers 1750 que les premiers plants arrivent en Italie, puis en Provence, et que l'on découvre avec surprise les qualités gustatives de ce fruit jaune qu'on appela dès lors "pomo d'oro", la pomme d'or.
    • Par la grâce de savants jardiniers, la tomate commence à arborer la belle couleur rouge que nous lui connaissons.
    • Au milieu du XIXe siècle., elle est couramment cultivée et consommée tant crue que cuite ou comme condiment.
    • Dans nombre de pays européens, le mot qui désigne la tomate découle de l'aztèque, sauf en Italie où on l'appelle toujours pomodoro, en Lituanie (pomidoru) ou en Polonais (pomidor).
    • Autrement, dans l'Europe de l'Est, la racine paradajz (croate) prédomine.

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    TRADUCTION AUTOMATIQUE (13/1/09)

    • Les utilisateurs des outils de traduction automatique de Google le savent bien : la diversité des langues accessibles et la qualité des restitutions se sont beaucoup améliorées depuis quelque temps.
    • Progrès de la linguistique ?
    • Pas uniquement.
    • C’est d’abord à la puissance de calcul et de stockage informatiques que l’on doit cette avancée.
    • Les procédés de traduction aujourd’hui utilisés s’appuient en effet sur l’approche dite « statistique », qui consiste à aller rechercher dans des bases de données historiques des expressions déjà traduites ailleurs, avec leurs contextes.
    • On multiplie ainsi les chances de viser juste.
    • C’est par la démultiplication de ses bases de données que Google a pu améliorer ses performances en matière de traduction.
    • Pour être optimal, un dispositif de traduction automatique gagne à coupler la méthode statistique avec l’approche linguistique.
    • Celle-ci a également bien progressé au cours des dernières années.
    • Mais son impact est moindre que celui de la méthode statistique

    NB : cet article a généré de nombreux témoignages (hilarants) infirmant cet optimisme

 

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