

GO
WEST (30/10/09))
-
«
Go West », dites-vous ?
-
Dans
l’argot des bandits américains, « aller à
l'ouest » signifiait « être pendu ».
-
En
partant pour l'ouest, après la mort, les esprits des
chasseurs et des guerriers indiens s’évadaient
vers une contrée occidentale, où la chasse et
la pêche
étaient abondantes, et la guerre inconnue.
-
Appliquée
à une action, l’expression indique son échec
patent.
-
La
formule est donc historiquement peu réjouissante
-
Quand
on est à l’ouest, on n’a plus les pieds sur
terre.
-
On
met directement son entreprise en danger.
-
Alors
que quand on est à la masse, on fait du surplace, on
ne progresse pas.
-
On
met indirectement son entreprise en danger.
*******
TÊTE DE TURC (29/10/09)
-
Devant
la cruauté faite aux prisonniers chrétiens détenus
par les Turcs, les chevaliers de l’Ordre de Malte, lors
du Grand Siège de 1565, coupaient la tête de leurs
propres prisonniers puis les renvoyaient par bombarde à
l'expéditeur.
-
Œil
pour œil.
-
Plus
tard, est apparue une attraction de fêtes foraines en forme
de tête enturbannée sur laquelle on frappe du poing
pour mesurer sa force, grâce à un dynamomètre.
-
Comme
on disait déjà « fort comme un Turc »,
on baptisa le nouveau jeu « tête de Turc ».
-
L’expression
est passée dans le langage courant pour évoquer
celui contre qui s’exercent de façon systématique
et injuste sarcasmes et opprobre.
-
Mais
la Turquie est aujourd’hui un sujet sensible et ses représentants
sont susceptibles de l'être (susceptibles).
-
Un
ministre condamné sera désormais qualifié
de bouc émissaire – plus biblique – ou de souffre-douleur
– plus médical.
-
Scapegoat,
Cabeza de turco, Sündenbock.
*******
PASSER À L'OUEST (28/10/09)
-
Aux
États-Unis, l’artiste, c’est celui qui gagne
beaucoup d’argent en distrayant les autres.
-
Le
dollartiste, en somme.
-
En
Europe, l’artiste, c’est celui qui, avec génie,
transgresse les règles.
-
On
pourrait dire : l’anartiste.
-
L’affaire
Polanski est partant perçue différemment d’une
rive à l’autre de l’Atlantique.
-
Et,
cette fois-ci, l’intéressé n’a pas envie
de passer à l’ouest.
-
Cela
dit, s’installer en Californie, c’est en respecter
la culture.
-
Dont
la tolérance n’est pas l’attrait principal,
comme tout expat européen le sait.
-
Alors,
parader quand ça va et s’esquiver quand ça
va pas ?
-
That
is the question.
*******
DEPUTÉS GODILLOTS (27/10/09)
-
C’est
Alexis Godillot (1816-1893) qui a donné son nom à
la chaussure.
-
Fils
d’un soldat de l’Empire, Alexis Godillot reprend à
l’âge de 23 ans la sellerie créée à
Paris par son père sous la Restauration.
-
Il
diversifie sa production et propose aux armées une chaussure
de soldat des plus novatrices.
-
On
a peine à le croire aujourd’hui, mais, jusqu’à
la Monarchie de Juillet, les chaussures militaires avaient en
effet des semelles de bois et ne différencient pas le pied
gauche du pied droit !
-
En
inventant une chaussure montante à semelle de cuir épousant
les pieds, Godillot s’impose vite comme le fournisseur principal
de l’infanterie.
-
Il
renforcera sa position sous le Second Empire, au point que les
soldats donneront son nom à leurs « pompes ».
-
Mais
Alexis Godillot ne se limite pas aux selles et aux chaussures.
-
Il
vend également des tentes aux armées, et devient
l’organisateur des fêtes du Second Empire.
-
Lorsque
Napoléon III se déplace en province, Godillot est
en effet non seulement chargé d’installer les tentes
et décors, mais aussi d’assurer l'événementiel.
-
Installée
à Saint-Ouen, dont Alexis Godillot sera le maire jusqu’à
la chute de l’Empire, l’entreprise Godillot comptera
près de 3 000 employés.
-
Mais
cette puissance industrielle s’effondre en 1895, deux ans
après la disparition de son fondateur, quand un incendie
détruit les usines de Saint-Ouen.
-
On
a oublié l’entrepreneur Godillot.
-
Reste
la « godasse », une variante argotique.
-
Et
les députés godillots qui, après s'être
égarés, retrouvent bien vite le droit chemin.
-
Qu'on
se rassure, dans la Chambre des Communes, on trouve aussi des
yes-men ou encore des party-liners.
*******
HEURE
D'HIVER (26/10/09)
-
C'est
à la suite du premier choc pétrolier de 1973 qu'un
dispositif de changement d'heure selon les saisons a été
institué en 1976 par Valéry Giscard D’Estaing,
séduit par le daylight saving time américain.
-
Mais
le pays avait déjà connu un tel régime de
1916 à 1946.
-
C’est
en effet pour économiser l’électricité
que les belligérants de la Grande Guerre décident
de mettre en place un système d'heures d'été
et d'hiver lorsque le conflit commence à se prolonger.
-
L'Allemagne
est la première à instaurer ce mécanisme,
bientôt suivie par la Grande-Bretagne, la France et la plupart
des autres pays européens.
-
L'idée
n'était pas neuve.
-
Dès
1784, Benjamin Franklin avait suggéré de la déployer
à Paris, accompagnée de quatre mesures :
1) Taxe d'un louis par fenêtre pour les habitants qui laissent
leurs volets fermés.
2) Bougies rationnées à une livre par famille par
semaine.
3) Policiers chargés d'arrêter la circulation après
le coucher du Soleil, exceptée celle des médecins,
des chirurgiens et des sages-femmes.
4) Cloches d’église et au besoin canon informant
l'ensemble des habitants de l'arrivée de la lumière,
chaque matin dès que le soleil se lève.
L'inventeur du paratonnerre avait même été
jusqu'à chiffrer les économies potentielles pour
la municipalité parisienne :
" En partant du principe qu'il y a 100 000 familles à
Paris et que ces familles consomment la nuit 1/2 livre de bougies
et chandelles par jour... En estimant de 6 à 8 heures la
durée moyenne entre l'heure de lever du soleil et la nôtre...
il y a donc 7 heures par nuit pendant lesquelles nous brûlons
des bougies, on en arrive au décompte suivant : en six
mois entre le 20 mars et le 20 septembre, il y a 183 nuits. 7
heures par nuit d'utilisation de bougie. La multiplication donne
1281 heures. Ces 1281 heures multipliées par 100 000 donnent
128 100 000. Chaque bougie exige 1/2 livre de suif et de cire,
soit un total de 64 050 000 livres. À un prix de trente
sols par livre de suif et de cire on en arrive à 96 075
000 tournois de livre [130 millions d'euros], une immense somme
que la ville de Paris pourrait sauver chaque année ."
-
Il
n'avait pas été suivi.
-
Le
principe des heures d'été et d'hiver a toujours
eu ses partisans et ses détracteurs car, sans chercher
de midi à quatorze heures, les effets de la désorganisation
qui s’ensuit sont impondérables.
-
En
1946, les adversaires du changement horaire, profitant des ambiguïtés
de l'heure allemande appliquée à la zone occupée,
font abroger le dispositif et remettent les pendules à
l’heure.
-
Variatio
delectat,
remarquait déjà Cicéron.
*******
PERRETTE
( 23/10/09)
-
Perrette
se rend au marché son pot au lait sur la tête.
-
En
chemin, elle construit in petto son business plan.
-
Avec
l’argent du lait, elle investira dans des œufs, qui
à leur tour lui donneront des poulets, qu’elle échangera
contre un cochon.
-
Bien
engraissé, elle pourra vendre le porc et réinvestir
dans une vache et son veau, première étape vers
un plus large troupeau.
-
Un
beau retour sur investissement en perspective.
-
Mais
le lait tombe : adieu, veau, vache, cochon, couvée.
-
Voilà
Perrette « gros Jean comme devant ».
-
«
Qui ne fait châteaux en Espagne ? » demande le poète.
-
Et
il donne la réponse : « Autant les sages que les
fous ».
-
Là
est la leçon de management que nous donne La Fontaine.
-
Il
est dans la nature humaine, dès lors qu’on se livre
à l’exercice de projection qu’est un business
plan ou une élection à un poste prestigieux, de
pécher par excès
d’optimisme et de sous-estimer les risques ou les résistances.
-
Comment
ramener aimablement à la raison ceux qui dérivent
ainsi dans leurs prévisions ?
-
Il
suffit de leur rappeler La Laitière et le Pot au lait.
-
Don't
count your chickens before they are hatched!
*******
PERSONAL BRANDING (22/10/09)
-
Brand
signifie la marque.
-
Le
personal branding est le processus par lequel une personne
gère sa vie professionnelle comme on gère une marque.
-
Longtemps,
cette technique est demeuré réservée aux
people et aux politiciens.
-
Mais
l’irruption des réseaux sociaux permet aujourd’hui
à chacun de se rendre visible sur le web.
-
Dès
qu’on intervient, même sous un pseudonyme, sur les
sites de partage communautaire, on se construit une identité
numérique et on acquiert une réputation.
-
Le
personal branding consiste à contrôler ce
phénomène.
-
Les
techniques ne diffèrent guère de celles qu’on
met en œuvre pour la promotion d’un produit sur le
net : présence sur les sites-clés, participation
aux débats,
-
génération
de buzz, etc.
-
Le
génération Y des 15-35 ans (la net generation) est
très habituée à cette présence sur
les réseaux sociaux.
-
D’aucuns
qualifient de Y 2.0, ceux qui gèrent leurs interventions
de façon structurée.
-
Autrement
dit, ceux qui prennent en charge leur personal branding.
*******
À LA LIMITE (21/10/09)
-
Problème
autour de la table : il faut dégraisser un mammouth.
-
On
cherche une solution.
-
Soudain
un cadre suggère : « On pourrait à la limite
faire… »
-
Un
autre rétorque : « C’est vrai qu’à
la limite on pourrait…»
-
Curieux
destin que celui de cette limite qui, après avoir brouillé
tant de lycéens avec les mathématiques, revient
en fanfare dans leur vocabulaire d’adultes.
-
Dans
l’imaginaire, chacun aura sans doute retenu que l’observation
d’une formule à la limite permet souvent de distinguer
le vrai du faux.
-
En
algèbre comme en topologie, les raisonnements à
la limite vont à l’essentiel.
-
En
poussant les équipes à leurs limites, ou en proposant
une solution envisageable à la limite, on dépasse
les obstacles contingents : tout paraît plus simple.
-
Encore
faut-il ne pas oublier qu’il se passe des choses bizarres
voire tragiques, à la limite.
-
At
a pinch, disent les Anglais sur un air pincé..
*********
ANALYSE DE L'EXISTANT (20/10/09)
-
La
plupart des méthodes d’analyse et de conception utilisées
en re-engineering modélisent le système existant
(pour émettre le diagnostic), puis le système cible
(pour élaborer un plan d’action).
-
On
est très loin des conclusions hâtives qui érigent
imprudemment des culpabilités.
-
Dans
le langage de la gestion de projets en effet, la première
étape est généralement désignée
comme « l’analyse de l’existant ».
-
Par
extension, l’expression est devenue courante dans les cahiers
des charges et dans les réponses aux appels d’offres.
-
L’analyse
de l’existant, c’est la photographie de ce qui est
en place.
-
Elle
peut être formulée aussi bien par le maître
d’ouvrage d’un projet que par le maître d’œuvre
et ses sous-traitants.
-
L’analyse
de l’existant peut se transformer en un exercice de flatterie
(dans les affaires) ou au contraire de mise à l'index (dans
les "affaires").
*******
SUR
LA SELLETTE (19/10/09)
-
Être
sur la sellette, c'est être exposé aux jugements
et aux critiques.
-
La
sellette était un petit banc en bois des tribunaux de l’Ancien
Régime où s’asseyaient les prévenus.
-
La
petite taille du banc obligeait à une posture jugée
d'autant plus humiliante qu'on y paraissait les fers aux pieds.
-
Mais
quand l'accusé était noble, la sellette était
recouverte d'une... moquette.
-
Symbole
de l'oppression du système judiciaire royal, l'usage de
la sellette est aboli en octobre 1789.
-
La
sellette n'a cependant pas disparu puisqu'on la retrouve en métaphore
dans les expressions "être sur la sellette" ou
"mettre sur la sellette".
-
Le
sculpteur met sur la sellette l'ouvrage qui, espère-t-il,
lui survivra.
-
L'ouvrage
en question pouvant se retrouver sur la sellette, où il
ne fait pas bon s'asseoir.
***********
LE SOLDAT
RYAN (16/10/09)
-
On
connaît l’histoire : trois des quatre frères
Ryan viennent de mourir au combat, l’un dans le Pacifique,
les deux autres sur les plages du débarquement du 6 juin
1944.
-
L’état-major
américain décide qu’il faut sauver le quatrième
frère, lui-même quelque part sur la côte normande
au lendemain du D-Day, quoi qu’il en coûte : le
-
capitaine
Miller part à sa recherche.
-
Il
sauvera le soldat Ryan et y laissera la vie.
-
Film
pathétique par l’intensité de l’intrigue
et le réalisme de l’action.
-
Le
titre est passé dans le langage du monde professionnel,
mais, comme souvent, dans un sens détourné.
-
Qui
est en effet le soldat Ryan de l’entreprise ?
-
C’est
un manager en train de s’égarer, voire de faillir.
-
Le
sauver, c’est éviter qu’il ne s’engage
plus en avant dans une voie sans issue
-
Pour
son bien : parfois.
-
Dans
l’intérêt de l’entreprise : toujours.
*****
SE
TENIR À CARREAU (15/10/09)
-
Les
pros de la crise imposent à Sarkozy II de se tenir à
carreau.
-
Les
amateurs d’arbalète le savent : le carreau est le
fer coupant du trait (flèche).
-
Se
tenir au risque d'un carreau oblige à la discrétion
et à la vigilance. Quand on est féru (frappé)
d'un coup de carreau, on tombe à la fois sous le carreau
et sur le carreau.
-
La
formule pourrait aussi trouver ses racines dans les jeux de cartes.
-
Notons
que dans l’argot policier, le carreau est le domicile alors
que la carrée désigne la chambre.
-
Quoi
qu’il en soit, il y a bien une dimension disciplinaire dans
l’expression se tenir à carreau.
-
On
la rencontre à l’école et à l’armée,
dans les entreprises mais aussi dans la vie publique (mais pas
à tous les étages).
-
L’expression
attribue une connotation scolaire ou militaire dans la sphère
où elle fait irruption.
-
To
watch one's step.
*******
ENTENDRE (14/10/09)
-
Les
psychanalystes « entendent » souvent autre chose que
ce qu’on leur dit.
-
C’est
leur métier.
-
Là
où un patient dit qu’il a des relations difficiles
avec ses collègues, le psy entend qu’il a une histoire
compliquée avec sa fratrie.
-
Entendre
veut dire ici : voir par derrière, identifier le vrai problème,
ne pas se laisser aveugler par l’apparence.
-
Le
verbe s’immisce aujourd’hui dans le langage courant.
-
Dominique
de Villepin entend bien être disculpé.
-
Comme
si le réflexe psychanalytique s’était propagé,
beaucoup affirment entendre autre chose que ce qu’on leur
dit.
-
Quand
un commercial déclare que la concurrence est rude, son
patron « entend » qu’il ne fera pas son budget.
-
Entendre
en vient à se substituer à comprendre.
-
Pourquoi
ce déplacement ?
-
Peut-être
parce qu’on peut mieux revenir en arrière : dire
qu’on a mal entendu est plus facile qu’admettre qu’on
a mal compris.
-
A
bon entendeur, salut !
*******
FUMER LA MOQUETTE (13/10/09)
-
Même
en Chine, on estime que les membres du conseil d’administration
de l’EPAD ont fumé la moquette tapissant leur penthouse.
-
L’expression
n’a pas plus de 30 ans.
-
Pour
la plupart des observateurs, elle est née de la mode du
haschich.
-
Quand
on en vient à fumer la moquette, c’est qu’on
est dans un état bien avancé, au point de ne plus
tenir debout, voire de confondre l’herbe avec les poils
du tapis.
-
Si
la formule est souvent convoquée pour stigmatiser ceux
qui ont perdu tout bon sens, c’est que la moquette joue
un rôle central dans le fonctionnement de l’entreprise.
-
Son
épaisseur est un marqueur hiérarchique.
-
C’est
aussi un vecteur acoustique : radio-moquette émet en continu.
-
Lorsqu’elle
fait irruption dans l’entreprise, la jeune expression fumer
la moquette arrive presque en terrain conquis.
-
Elle
s’impose facilement.
-
Et
est en passe de devancer péter les plombs, un câble,
et d’autres encore.
-
Les
Brésiliens, pourtant... blindés en matière
de fantaisie, expliquent que les Défenseurs ont "inspiré
de la colle" (cheirar cola), alors que les Espagnols
pensent qu'ils
"sont fumés" (estar fumado).
PETIT ROBERT (12/10/09)
-
Le
Petit Robert a ajouté 200 mots à son édition
2010.
-
En
font partie : bachelor, bientraitance, bling-bling, encarté,
LED, RSA, sex-toy, slim, taser, virophage, zénitude, agrocarburant,
bilan carbone, écohabitat,
écopastille, permaculture, e-books, buzz, post, wiki, collaboratif,
geek, widget, réseauter, tatouage numérique…
-
Quelques
expressions sont officiellement intronisées.
-
Il
faudra dorénavant compter avec le capitaine de soirée,
porter une double casquette, changer de braquet, mettre le grand
développement, souffrir du syndrome du
nid vide, avoir une haleine de chacal, être en vrac, avoir
un plan B, sentir la naphtaline...
-
Par
ailleurs, des substitutions ont été opérées
par rapport à la précédente édition.
-
Exit
le brainstorming au profit du remue-méninges.
-
Exeunt
les meetings qui deviennent des réunions.
-
Et
on ne passera désormais plus de casting, mais
une audition.
-
Les
mannequins seront ainsi amené(e)s à vocaliser.
*******
LAISSER PISSER LE MÉRINOS (9/10/09)
-
Certes,
on peut démissionner, mais pourquoi ne pas plutôt
laisser pisser le mérinos ?
-
Dans
les attelages d’autrefois, il fallait prévoir des
pauses régulières pour laisser les bêtes,
chevaux ou bœufs, se relâcher.
-
Il
semble que l’expression laisser pisser, pour dire laisser
passer, trouve là son origine.
-
Pourquoi
le mérinos s’est-il donc invité ?
-
Le
mérinos est une race ovine originaire d'Espagne élevée
principalement pour sa laine.
-
Il
était, semble-t-il, à la mode au cours du 19è
siècle quand le laisser pisser s’est imposé.
-
Le
mérinos était sur les lèvres : un rien a
suffi à l’associer au laisser pisser.
-
Aujourd’hui,
la formule fait florès dans le langage professionnel ou
politique (mais rarement diplomatique).
-
Les
circonstances sont légions où le remède risque
d’être pire que le mal.
-
On
a tout intérêt à ne pas intervenir, mais il
ne faut pas sembler passif.
-
To
let it go - Deja que los perros ladren - Deixar a água
correr - Lassàri pèrdir
*******
PALLIER (8/10/09)
-
Le
poker en ligne était un palliatif, permettant de patienter.
-
Mais
aujourd'hui, les nouveaux joueurs n'ont jamais vu une table et
ne se ruinent qu'en ligne.
-
Auparavant,
le jeu virtuel palliait à l'attente de la partie avec les
amis.
-
Pardon,
je voulais dire, "il palliait l'attente", bien sûr
!
-
De
Chateaubriand à Simone de Beauvoir, en passant par Balzac
et Zola, pallier s’emploie avec un objet direct.
-
Mais
la tentation du pallier à est si forte que l’Académie
française a dû publier une mise en garde en 1964.
-
Pallier
vient du bas latin palliare « couvrir d’un manteau,
d’un pallium », puis « cacher ».
-
Le
mot a ensuite pris de le sens de guérir en apparence, remédier
à.
-
C’est
cette analogie avec remédier à, parer à,
qui déclenche ce « à » malvenu.
-
Défense
de jouer avec les règles.
TIREZ PAS SUR LE PIANISTE (7/10/09)
-
Oscar
Wilde, dans ses Impressions d’Amérique, rapporte
cette formule placardée sur le piano d’un saloon
: Please don't shoot the pianist. He is doing his best.
Ainsi serait née l’expression Ne tirez pas sur le
pianiste pour dire : respectez ceux qui font de leur mieux pour
que les choses avancent.
En 1960, sort Tirez sur le pianiste, un film de François
Truffaut avec Charles Aznavour et Boby Lapointe*
Il donne, en antiphrase, à la formule une seconde jeunesse.
Aujourd’hui, l’expression est convoquée pour
implorer ou suggérer l’indulgence à l’égard
de ceux qui sont exposés.
Dans une salle d’audience ou au sein de l’entreprise,
le Far West est ainsi fréquemment invoqué.
*
Boby Lapointe a aussi été la vedette d’un
western spaghetti, « L’Oro
dei bravados ». Un certain Jean-Pierre Jumez lui donnait
la réplique…
*******
LA BURQA ET LES AUTRES (6/10/09)
-
Burqa
est un nom à double genre (masculin et féminin).
-
Il
désigne deux vêtements traditionnels des femmes musulmanes
d’Asie Centrale.
-
L’un
est un voile, posé par-dessus un hijab (tunique isolante)
et qui couvre la tête, avec une fente permettant de voir.
-
L’autre
variante est le chadri (« burqa complète »
ou « burqa afghane »).
-
Le
chadri est un tissu plissé rayonnant autour d’une
calotte qui recouvre entièrement la tête et le corps.
-
Le
chadri ne laisse au niveau des yeux qu’une meurtrière
grillagée.
-
Dans
certaines tribus, les filles endossent la burqa à la puberté
et de la retirent plus jamais, même devant leurs enfants.
-
Seule
leur dépouille sera dépouillée de cette houppelande.
-
Le
tchador désigne le tissu couvrant la tête et le corps
des femmes chiites (donc essentiellement iraniennes).
-
Avec
le tchador, le visage peut être découvert.
-
Le
hijab (de Habaja « dérober au regard ») désigne
l’écran de la pudeur.
-
Ce
concept est évoqué sept fois dans le Coran
-
Il
fait allusion au rideau destiné à isoler les épouses
du prophète.
-
Sauf
traduction défectueuse, il n’est pas fait référence
à quelconque vêtement.
*******
BOUCHÉ À L'ÉMERI (5/10/09)
-
Lorsqu’un
PDG ou un ministre est bouché à l’émeri,
gare aux dégâts !
-
L'émeri
est une roche composée de spinelle et de corindon finement
cristallisés, associés à la magnétite
ou à l'hématite.
-
On
en extrait surtout en Turquie et en Grèce.
-
Réduite
en poudre, cette roche est employée comme abrasif depuis
l'Antiquité.
-
La
poudre d'émeri, mélangée à un liquide
(eau, huile) crée une pâte qui a longtemps été
utilisée pour boucher les bouteilles.
-
Le
bouchon en verre et l'intérieur du goulot sont ajustés
par rodage avec cette pâte d'émeri pour que le contact
soit parfait.
-
Etre
bouché à l'émeri, c'est donc être hermétique.
-
Sous
entendu : on peut être hermétique et ne rien renfermer.
-
Quelle
nuance apporte l'émeri par rapport au fait d’être
simplement bouché, comme on disait antérieurement
?
-
Sans
doute cette même profondeur qu’exprime aujourd’hui
l’adjectif « grave ».
-
On
dirait aujourd’hui : il est bouché grave.
-
On
disait hier : il est bouché à l’émeri.
-
Dans
chaque cas, un mélange de fatalisme, de pitié et
de frustration.
-
To
be wood from the neck up - Ser duro como una roca - Ser burro
como uma porta - Duro di comprendonio
*******
POLANSKI
(3/10/09)
-
L'arrestation
de Roman Polanski crée le trouble.
-
D'un
côté les dura lex, sed lex, pour lesquels,
même sévère, la loi est la loi.
-
De
l'autre, les summum jus, summa injuria : pour ceux-là,
un excès de justice devient une injustice.
-
On
hésite aussi sur les motivations des autorités helvétiques
:
-
Ratione
personae (en raison de la personne) ?
-
Ratione
materiae (en raison de la matière) ?
-
Ratione
loci (en raison du lieu) ?
-
Mais
à qui profitera l’affaire ?
-
Is
fecit qui prodest – le coupable est celui qui tire
parti de la faute.
*******
LA POSSIBILITÉ D'UNE LANGUE
(2/10/09)
-
Le
soleil ne se couche jamais sur l’empire linguistique anglais.
-
L’Inde
en est l’un des principaux protagonistes.
-
Ses
vingt langues nationales et ses multiples dialectes relient ses
citoyens à leurs états ou à leurs régions
respectives, alors que le hindi les relie à leur nation
et
que l’anglais les relie au monde extérieur.
-
L’anglais
est la langue de l’administration et des affaires, elle
y est universellement enseignée.
-
Les
plus basses castes telles les harijans sont désormais initiés,
ce qui leur vaut une formidable rédemption.
-
En
levant les barrières, l’anglais facilite accessoirement
les migrations internes.
-
Le
prodigieux essor économique de l’Inde est en partie
dû à sa main d’œuvre anglophone.
-
Enorme
avantage sur la Russie, la Chine ou le Brésil.
-
De
surcroît, les étudiants indiens accèdent très
facilement aux structures universitaires internationales.
-
En
Europe, avec vingt langues nationales et de nombreux dialectes,
la situation est comparable (les intouchables en moins).
-
Lui
manque pourtant la lingua franca internationale pour rester de
plain-pied dans la course.
-
Toutes
les négociations que l’Europe mène avec les
Etats-Unis, la Chine ou la Russie se conduisent en anglais.
-
L’anglais
est tout simplement un facteur de progrès, n’en déplaise
à Claude Hagège*, dont le génie n’est
pas ici remis en cause.
*
Dictionnaire Amoureux des Langues - Plon/Odile Jacob - 25 euros
*******
FORTS EN THÈME
(1/10/09)
•
Aucun doute, la France est dirigée par des forts en thème.
Cela se vérifie dans la majorité des déclarations,
même à l'entrée des tribunaux.
• La formule "fort en thème" prend corps
dans le courant du XIXè siècle pour désigner
un excellent élève, doté d’une intelligence
rapide, mais manquant peut-être d’imagination.
• Le thème dont il s’agit est à l’époque
le thème grec ou le thème latin.
• Si le thème est ainsi porté au rang de discipline
de référence, c’est que la réussite dans
cette matière dépend peu des origines sociales des
élèves.
• En effet, pour réussir en thème grec ou latin,
il faut non seulement avoir l’esprit bien fait, mais aussi
travailler beaucoup et régulièrement car aucun séjour
linguistique ne compensera quelconque lacune.
• Le thème joue alors le rôle de sélection
objective et d’ascenseur social (que chercheront à
exercer plus tard les mathématiques).
• Contrairement à la version et aux autres matières
littéraires, les fils de bourgeois et d’ouvriers sont
à égalité pour la composition de thème.
• Et c’est sans doute pourquoi s’est forgée
l’expression de fort en thème, plutôt
que fort en histoire ou en philosophie.

|