LA DANSE DES MOTS, billet quotidien, avec Oomark 

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GO WEST (30/10/09))

  • « Go West », dites-vous ?
  • Dans l’argot des bandits américains, « aller à l'ouest » signifiait « être pendu ».
  • En partant pour l'ouest, après la mort, les esprits des chasseurs et des guerriers indiens s’évadaient vers une contrée occidentale, où la chasse et la pêche étaient abondantes, et la guerre inconnue.
  • Appliquée à une action, l’expression indique son échec patent.
  • La formule est donc historiquement peu réjouissante
  • Quand on est à l’ouest, on n’a plus les pieds sur terre.
  • On met directement son entreprise en danger.
  • Alors que quand on est à la masse, on fait du surplace, on ne progresse pas.
  • On met indirectement son entreprise en danger.

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TÊTE DE TURC (29/10/09)

  • Devant la cruauté faite aux prisonniers chrétiens détenus par les Turcs, les chevaliers de l’Ordre de Malte, lors du Grand Siège de 1565, coupaient la tête de leurs propres prisonniers puis les renvoyaient par bombarde à l'expéditeur.
  • Œil pour œil.
  • Plus tard, est apparue une attraction de fêtes foraines en forme de tête enturbannée sur laquelle on frappe du poing pour mesurer sa force, grâce à un dynamomètre.
  • Comme on disait déjà « fort comme un Turc », on baptisa le nouveau jeu « tête de Turc ».
  • L’expression est passée dans le langage courant pour évoquer celui contre qui s’exercent de façon systématique et injuste sarcasmes et opprobre.
  • Mais la Turquie est aujourd’hui un sujet sensible et ses représentants sont susceptibles de l'être (susceptibles).
  • Un ministre condamné sera désormais qualifié de bouc émissaire – plus biblique – ou de souffre-douleur – plus médical.
  • Scapegoat, Cabeza de turco, Sündenbock.

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PASSER À L'OUEST (28/10/09)

  • Aux États-Unis, l’artiste, c’est celui qui gagne beaucoup d’argent en distrayant les autres.
  • Le dollartiste, en somme.
  • En Europe, l’artiste, c’est celui qui, avec génie, transgresse les règles.
  • On pourrait dire : l’anartiste.
  • L’affaire Polanski est partant perçue différemment d’une rive à l’autre de l’Atlantique.
  • Et, cette fois-ci, l’intéressé n’a pas envie de passer à l’ouest.
  • Cela dit, s’installer en Californie, c’est en respecter la culture.
  • Dont la tolérance n’est pas l’attrait principal, comme tout expat européen le sait.
  • Alors, parader quand ça va et s’esquiver quand ça va pas ?
  • That is the question.

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DEPUTÉS GODILLOTS (27/10/09)

  • C’est Alexis Godillot (1816-1893) qui a donné son nom à la chaussure.
  • Fils d’un soldat de l’Empire, Alexis Godillot reprend à l’âge de 23 ans la sellerie créée à Paris par son père sous la Restauration.
  • Il diversifie sa production et propose aux armées une chaussure de soldat des plus novatrices.
  • On a peine à le croire aujourd’hui, mais, jusqu’à la Monarchie de Juillet, les chaussures militaires avaient en effet des semelles de bois et ne différencient pas le pied gauche du pied droit !
  • En inventant une chaussure montante à semelle de cuir épousant les pieds, Godillot s’impose vite comme le fournisseur principal de l’infanterie.
  • Il renforcera sa position sous le Second Empire, au point que les soldats donneront son nom à leurs « pompes ».
  • Mais Alexis Godillot ne se limite pas aux selles et aux chaussures.
  • Il vend également des tentes aux armées, et devient l’organisateur des fêtes du Second Empire.
  • Lorsque Napoléon III se déplace en province, Godillot est en effet non seulement chargé d’installer les tentes et décors, mais aussi d’assurer l'événementiel.
  • Installée à Saint-Ouen, dont Alexis Godillot sera le maire jusqu’à la chute de l’Empire, l’entreprise Godillot comptera près de 3 000 employés.
  • Mais cette puissance industrielle s’effondre en 1895, deux ans après la disparition de son fondateur, quand un incendie détruit les usines de Saint-Ouen.
  • On a oublié l’entrepreneur Godillot.
  • Reste la « godasse », une variante argotique.
  • Et les députés godillots qui, après s'être égarés, retrouvent bien vite le droit chemin.
  • Qu'on se rassure, dans la Chambre des Communes, on trouve aussi des yes-men ou encore des party-liners.

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HEURE D'HIVER (26/10/09)

  • C'est à la suite du premier choc pétrolier de 1973 qu'un dispositif de changement d'heure selon les saisons a été institué en 1976 par Valéry Giscard D’Estaing, séduit par le daylight saving time américain.
  • Mais le pays avait déjà connu un tel régime de 1916 à 1946.
  • C’est en effet pour économiser l’électricité que les belligérants de la Grande Guerre décident de mettre en place un système d'heures d'été et d'hiver lorsque le conflit commence à se prolonger.
  • L'Allemagne est la première à instaurer ce mécanisme, bientôt suivie par la Grande-Bretagne, la France et la plupart des autres pays européens.
  • L'idée n'était pas neuve.
  • Dès 1784, Benjamin Franklin avait suggéré de la déployer à Paris, accompagnée de quatre mesures :
    1) Taxe d'un louis par fenêtre pour les habitants qui laissent leurs volets fermés.
    2) Bougies rationnées à une livre par famille par semaine.
    3) Policiers chargés d'arrêter la circulation après le coucher du Soleil, exceptée celle des médecins, des chirurgiens et des sages-femmes.
    4) Cloches d’église et au besoin canon informant l'ensemble des habitants de l'arrivée de la lumière, chaque matin dès que le soleil se lève.
    L'inventeur du paratonnerre avait même été jusqu'à chiffrer les économies potentielles pour la municipalité parisienne :
    " En partant du principe qu'il y a 100 000 familles à Paris et que ces familles consomment la nuit 1/2 livre de bougies et chandelles par jour... En estimant de 6 à 8 heures la durée moyenne entre l'heure de lever du soleil et la nôtre... il y a donc 7 heures par nuit pendant lesquelles nous brûlons des bougies, on en arrive au décompte suivant : en six mois entre le 20 mars et le 20 septembre, il y a 183 nuits. 7 heures par nuit d'utilisation de bougie. La multiplication donne 1281 heures. Ces 1281 heures multipliées par 100 000 donnent 128 100 000. Chaque bougie exige 1/2 livre de suif et de cire, soit un total de 64 050 000 livres. À un prix de trente sols par livre de suif et de cire on en arrive à 96 075 000 tournois de livre [130 millions d'euros], une immense somme que la ville de Paris pourrait sauver chaque année ."
  • Il n'avait pas été suivi.
  • Le principe des heures d'été et d'hiver a toujours eu ses partisans et ses détracteurs car, sans chercher de midi à quatorze heures, les effets de la désorganisation qui s’ensuit sont impondérables.
  • En 1946, les adversaires du changement horaire, profitant des ambiguïtés de l'heure allemande appliquée à la zone occupée, font abroger le dispositif et remettent les pendules à l’heure.
  • Variatio delectat, remarquait déjà Cicéron.

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PERRETTE ( 23/10/09)

  • Perrette se rend au marché son pot au lait sur la tête.
  • En chemin, elle construit in petto son business plan.
  • Avec l’argent du lait, elle investira dans des œufs, qui à leur tour lui donneront des poulets, qu’elle échangera contre un cochon.
  • Bien engraissé, elle pourra vendre le porc et réinvestir dans une vache et son veau, première étape vers un plus large troupeau.
  • Un beau retour sur investissement en perspective.
  • Mais le lait tombe : adieu, veau, vache, cochon, couvée.
  • Voilà Perrette « gros Jean comme devant ».
  • « Qui ne fait châteaux en Espagne ? » demande le poète.
  • Et il donne la réponse : « Autant les sages que les fous ».
  • Là est la leçon de management que nous donne La Fontaine.
  • Il est dans la nature humaine, dès lors qu’on se livre à l’exercice de projection qu’est un business plan ou une élection à un poste prestigieux, de pécher par excès d’optimisme et de sous-estimer les risques ou les résistances.
  • Comment ramener aimablement à la raison ceux qui dérivent ainsi dans leurs prévisions ?
  • Il suffit de leur rappeler La Laitière et le Pot au lait.
  • Don't count your chickens before they are hatched!
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PERSONAL BRANDING (22/10/09)

  • Brand signifie la marque.
  • Le personal branding est le processus par lequel une personne gère sa vie professionnelle comme on gère une marque.
  • Longtemps, cette technique est demeuré réservée aux people et aux politiciens.
  • Mais l’irruption des réseaux sociaux permet aujourd’hui à chacun de se rendre visible sur le web.
  • Dès qu’on intervient, même sous un pseudonyme, sur les sites de partage communautaire, on se construit une identité numérique et on acquiert une réputation.
  • Le personal branding consiste à contrôler ce phénomène.
  • Les techniques ne diffèrent guère de celles qu’on met en œuvre pour la promotion d’un produit sur le net : présence sur les sites-clés, participation aux débats,
  • génération de buzz, etc.
  • Le génération Y des 15-35 ans (la net generation) est très habituée à cette présence sur les réseaux sociaux.
  • D’aucuns qualifient de Y 2.0, ceux qui gèrent leurs interventions de façon structurée.
  • Autrement dit, ceux qui prennent en charge leur personal branding.

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À LA LIMITE (21/10/09)

  • Problème autour de la table : il faut dégraisser un mammouth.
  • On cherche une solution.
  • Soudain un cadre suggère : « On pourrait à la limite faire… »
  • Un autre rétorque : « C’est vrai qu’à la limite on pourrait…»
  • Curieux destin que celui de cette limite qui, après avoir brouillé tant de lycéens avec les mathématiques, revient en fanfare dans leur vocabulaire d’adultes.
  • Dans l’imaginaire, chacun aura sans doute retenu que l’observation d’une formule à la limite permet souvent de distinguer le vrai du faux.
  • En algèbre comme en topologie, les raisonnements à la limite vont à l’essentiel.
  • En poussant les équipes à leurs limites, ou en proposant une solution envisageable à la limite, on dépasse les obstacles contingents : tout paraît plus simple.
  • Encore faut-il ne pas oublier qu’il se passe des choses bizarres voire tragiques, à la limite.
  • At a pinch, disent les Anglais sur un air pincé..

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ANALYSE DE L'EXISTANT (20/10/09)

  • La plupart des méthodes d’analyse et de conception utilisées en re-engineering modélisent le système existant (pour émettre le diagnostic), puis le système cible (pour élaborer un plan d’action).
  • On est très loin des conclusions hâtives qui érigent imprudemment des culpabilités.
  • Dans le langage de la gestion de projets en effet, la première étape est généralement désignée comme « l’analyse de l’existant ».
  • Par extension, l’expression est devenue courante dans les cahiers des charges et dans les réponses aux appels d’offres.
  • L’analyse de l’existant, c’est la photographie de ce qui est en place.
  • Elle peut être formulée aussi bien par le maître d’ouvrage d’un projet que par le maître d’œuvre et ses sous-traitants.
  • L’analyse de l’existant peut se transformer en un exercice de flatterie (dans les affaires) ou au contraire de mise à l'index (dans les "affaires").

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SUR LA SELLETTE (19/10/09)

  • Être sur la sellette, c'est être exposé aux jugements et aux critiques.
  • La sellette était un petit banc en bois des tribunaux de l’Ancien Régime où s’asseyaient les prévenus.
  • La petite taille du banc obligeait à une posture jugée d'autant plus humiliante qu'on y paraissait les fers aux pieds.
  • Mais quand l'accusé était noble, la sellette était recouverte d'une... moquette.
  • Symbole de l'oppression du système judiciaire royal, l'usage de la sellette est aboli en octobre 1789.
  • La sellette n'a cependant pas disparu puisqu'on la retrouve en métaphore dans les expressions "être sur la sellette" ou "mettre sur la sellette".
  • Le sculpteur met sur la sellette l'ouvrage qui, espère-t-il, lui survivra.
  • L'ouvrage en question pouvant se retrouver sur la sellette, où il ne fait pas bon s'asseoir.

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LE SOLDAT RYAN (16/10/09)

  • On connaît l’histoire : trois des quatre frères Ryan viennent de mourir au combat, l’un dans le Pacifique, les deux autres sur les plages du débarquement du 6 juin 1944.
  • L’état-major américain décide qu’il faut sauver le quatrième frère, lui-même quelque part sur la côte normande au lendemain du D-Day, quoi qu’il en coûte : le
  • capitaine Miller part à sa recherche.
  • Il sauvera le soldat Ryan et y laissera la vie.
  • Film pathétique par l’intensité de l’intrigue et le réalisme de l’action.
  • Le titre est passé dans le langage du monde professionnel, mais, comme souvent, dans un sens détourné.
  • Qui est en effet le soldat Ryan de l’entreprise ?
  • C’est un manager en train de s’égarer, voire de faillir.
  • Le sauver, c’est éviter qu’il ne s’engage plus en avant dans une voie sans issue
  • Pour son bien : parfois.
  • Dans l’intérêt de l’entreprise : toujours.

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SE TENIR À CARREAU (15/10/09)

  • Les pros de la crise imposent à Sarkozy II de se tenir à carreau.
  • Les amateurs d’arbalète le savent : le carreau est le fer coupant du trait (flèche).
  • Se tenir au risque d'un carreau oblige à la discrétion et à la vigilance. Quand on est féru (frappé) d'un coup de carreau, on tombe à la fois sous le carreau et sur le carreau.
  • La formule pourrait aussi trouver ses racines dans les jeux de cartes.
  • Notons que dans l’argot policier, le carreau est le domicile alors que la carrée désigne la chambre.
  • Quoi qu’il en soit, il y a bien une dimension disciplinaire dans l’expression se tenir à carreau.
  • On la rencontre à l’école et à l’armée, dans les entreprises mais aussi dans la vie publique (mais pas à tous les étages).
  • L’expression attribue une connotation scolaire ou militaire dans la sphère où elle fait irruption.
  • To watch one's step.

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ENTENDRE (14/10/09)

  • Les psychanalystes « entendent » souvent autre chose que ce qu’on leur dit.
  • C’est leur métier.
  • Là où un patient dit qu’il a des relations difficiles avec ses collègues, le psy entend qu’il a une histoire compliquée avec sa fratrie.
  • Entendre veut dire ici : voir par derrière, identifier le vrai problème, ne pas se laisser aveugler par l’apparence.
  • Le verbe s’immisce aujourd’hui dans le langage courant.
  • Dominique de Villepin entend bien être disculpé.
  • Comme si le réflexe psychanalytique s’était propagé, beaucoup affirment entendre autre chose que ce qu’on leur dit.
  • Quand un commercial déclare que la concurrence est rude, son patron « entend » qu’il ne fera pas son budget.
  • Entendre en vient à se substituer à comprendre.
  • Pourquoi ce déplacement ?
  • Peut-être parce qu’on peut mieux revenir en arrière : dire qu’on a mal entendu est plus facile qu’admettre qu’on a mal compris.
  • A bon entendeur, salut !

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FUMER LA MOQUETTE (13/10/09)

  • Même en Chine, on estime que les membres du conseil d’administration de l’EPAD ont fumé la moquette tapissant leur penthouse.
  • L’expression n’a pas plus de 30 ans.
  • Pour la plupart des observateurs, elle est née de la mode du haschich.
  • Quand on en vient à fumer la moquette, c’est qu’on est dans un état bien avancé, au point de ne plus tenir debout, voire de confondre l’herbe avec les poils du tapis.
  • Si la formule est souvent convoquée pour stigmatiser ceux qui ont perdu tout bon sens, c’est que la moquette joue un rôle central dans le fonctionnement de l’entreprise.
  • Son épaisseur est un marqueur hiérarchique.
  • C’est aussi un vecteur acoustique : radio-moquette émet en continu.
  • Lorsqu’elle fait irruption dans l’entreprise, la jeune expression fumer la moquette arrive presque en terrain conquis.
  • Elle s’impose facilement.
  • Et est en passe de devancer péter les plombs, un câble, et d’autres encore.
  • Les Brésiliens, pourtant... blindés en matière de fantaisie, expliquent que les Défenseurs ont "inspiré de la colle" (cheirar cola), alors que les Espagnols pensent qu'ils "sont fumés" (estar fumado).

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PETIT ROBERT (12/10/09)
  • Le Petit Robert a ajouté 200 mots à son édition 2010.
  • En font partie : bachelor, bientraitance, bling-bling, encarté, LED, RSA, sex-toy, slim, taser, virophage, zénitude, agrocarburant, bilan carbone, écohabitat, écopastille, permaculture, e-books, buzz, post, wiki, collaboratif, geek, widget, réseauter, tatouage numérique…
  • Quelques expressions sont officiellement intronisées.
  • Il faudra dorénavant compter avec le capitaine de soirée, porter une double casquette, changer de braquet, mettre le grand développement, souffrir du syndrome du nid vide, avoir une haleine de chacal, être en vrac, avoir un plan B, sentir la naphtaline...
  • Par ailleurs, des substitutions ont été opérées par rapport à la précédente édition.
  • Exit le brainstorming au profit du remue-méninges.
  • Exeunt les meetings qui deviennent des réunions.
  • Et on ne passera désormais plus de casting, mais une audition.
  • Les mannequins seront ainsi amené(e)s à vocaliser.
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LAISSER PISSER LE MÉRINOS (9/10/09)

  • Certes, on peut démissionner, mais pourquoi ne pas plutôt laisser pisser le mérinos ?
  • Dans les attelages d’autrefois, il fallait prévoir des pauses régulières pour laisser les bêtes, chevaux ou bœufs, se relâcher.
  • Il semble que l’expression laisser pisser, pour dire laisser passer, trouve là son origine.
  • Pourquoi le mérinos s’est-il donc invité ?
  • Le mérinos est une race ovine originaire d'Espagne élevée principalement pour sa laine.
  • Il était, semble-t-il, à la mode au cours du 19è siècle quand le laisser pisser s’est imposé.
  • Le mérinos était sur les lèvres : un rien a suffi à l’associer au laisser pisser.
  • Aujourd’hui, la formule fait florès dans le langage professionnel ou politique (mais rarement diplomatique).
  • Les circonstances sont légions où le remède risque d’être pire que le mal.
  • On a tout intérêt à ne pas intervenir, mais il ne faut pas sembler passif.
  • To let it go - Deja que los perros ladren - Deixar a água correr - Lassàri pèrdir

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PALLIER (8/10/09)

  • Le poker en ligne était un palliatif, permettant de patienter.
  • Mais aujourd'hui, les nouveaux joueurs n'ont jamais vu une table et ne se ruinent qu'en ligne.
  • Auparavant, le jeu virtuel palliait à l'attente de la partie avec les amis.
  • Pardon, je voulais dire, "il palliait l'attente", bien sûr !
  • De Chateaubriand à Simone de Beauvoir, en passant par Balzac et Zola, pallier s’emploie avec un objet direct.
  • Mais la tentation du pallier à est si forte que l’Académie française a dû publier une mise en garde en 1964.
  • Pallier vient du bas latin palliare « couvrir d’un manteau, d’un pallium », puis « cacher ».
  • Le mot a ensuite pris de le sens de guérir en apparence, remédier à.
  • C’est cette analogie avec remédier à, parer à, qui déclenche ce « à » malvenu.
  • Défense de jouer avec les règles.

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TIREZ PAS SUR LE PIANISTE (7/10/09)

  • Oscar Wilde, dans ses Impressions d’Amérique, rapporte cette formule placardée sur le piano d’un saloon : Please don't shoot the pianist. He is doing his best.
    Ainsi serait née l’expression Ne tirez pas sur le pianiste pour dire : respectez ceux qui font de leur mieux pour que les choses avancent.
    En 1960, sort Tirez sur le pianiste, un film de François Truffaut avec Charles Aznavour et Boby Lapointe*
    Il donne, en antiphrase, à la formule une seconde jeunesse.
    Aujourd’hui, l’expression est convoquée pour implorer ou suggérer l’indulgence à l’égard de ceux qui sont exposés.
    Dans une salle d’audience ou au sein de l’entreprise, le Far West est ainsi fréquemment invoqué.

    * Boby Lapointe a aussi été la vedette d’un western spaghetti, « L’Oro dei bravados ». Un certain Jean-Pierre Jumez lui donnait la réplique…

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LA BURQA ET LES AUTRES (6/10/09)

  • Burqa est un nom à double genre (masculin et féminin).
  • Il désigne deux vêtements traditionnels des femmes musulmanes d’Asie Centrale.
  • L’un est un voile, posé par-dessus un hijab (tunique isolante) et qui couvre la tête, avec une fente permettant de voir.
  • L’autre variante est le chadri (« burqa complète » ou « burqa afghane »).
  • Le chadri est un tissu plissé rayonnant autour d’une calotte qui recouvre entièrement la tête et le corps.
  • Le chadri ne laisse au niveau des yeux qu’une meurtrière grillagée.
  • Dans certaines tribus, les filles endossent la burqa à la puberté et de la retirent plus jamais, même devant leurs enfants.
  • Seule leur dépouille sera dépouillée de cette houppelande.
  • Le tchador désigne le tissu couvrant la tête et le corps des femmes chiites (donc essentiellement iraniennes).
  • Avec le tchador, le visage peut être découvert.
  • Le hijab (de Habaja « dérober au regard ») désigne l’écran de la pudeur.
  • Ce concept est évoqué sept fois dans le Coran
  • Il fait allusion au rideau destiné à isoler les épouses du prophète.
  • Sauf traduction défectueuse, il n’est pas fait référence à quelconque vêtement.

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BOUCHÉ À L'ÉMERI (5/10/09)

  • Lorsqu’un PDG ou un ministre est bouché à l’émeri, gare aux dégâts !
  • L'émeri est une roche composée de spinelle et de corindon finement cristallisés, associés à la magnétite ou à l'hématite.
  • On en extrait surtout en Turquie et en Grèce.
  • Réduite en poudre, cette roche est employée comme abrasif depuis l'Antiquité.
  • La poudre d'émeri, mélangée à un liquide (eau, huile) crée une pâte qui a longtemps été utilisée pour boucher les bouteilles.
  • Le bouchon en verre et l'intérieur du goulot sont ajustés par rodage avec cette pâte d'émeri pour que le contact soit parfait.
  • Etre bouché à l'émeri, c'est donc être hermétique.
  • Sous entendu : on peut être hermétique et ne rien renfermer.
  • Quelle nuance apporte l'émeri par rapport au fait d’être simplement bouché, comme on disait antérieurement ?
  • Sans doute cette même profondeur qu’exprime aujourd’hui l’adjectif « grave ».
  • On dirait aujourd’hui : il est bouché grave.
  • On disait hier : il est bouché à l’émeri.
  • Dans chaque cas, un mélange de fatalisme, de pitié et de frustration.
  • To be wood from the neck up - Ser duro como una roca - Ser burro como uma porta - Duro di comprendonio

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POLANSKI (3/10/09)

  • L'arrestation de Roman Polanski crée le trouble.
  • D'un côté les dura lex, sed lex, pour lesquels, même sévère, la loi est la loi.
  • De l'autre, les summum jus, summa injuria : pour ceux-là, un excès de justice devient une injustice.
  • On hésite aussi sur les motivations des autorités helvétiques :
  • Ratione personae (en raison de la personne) ?
  • Ratione materiae (en raison de la matière) ?
  • Ratione loci (en raison du lieu) ?
  • Mais à qui profitera l’affaire ?
  • Is fecit qui prodest – le coupable est celui qui tire parti de la faute.
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LA POSSIBILITÉ D'UNE LANGUE (2/10/09)

  • Le soleil ne se couche jamais sur l’empire linguistique anglais.
  • L’Inde en est l’un des principaux protagonistes.
  • Ses vingt langues nationales et ses multiples dialectes relient ses citoyens à leurs états ou à leurs régions respectives, alors que le hindi les relie à leur nation
    et que l’anglais les relie au monde extérieur.
  • L’anglais est la langue de l’administration et des affaires, elle y est universellement enseignée.
  • Les plus basses castes telles les harijans sont désormais initiés, ce qui leur vaut une formidable rédemption.
  • En levant les barrières, l’anglais facilite accessoirement les migrations internes.
  • Le prodigieux essor économique de l’Inde est en partie dû à sa main d’œuvre anglophone.
  • Enorme avantage sur la Russie, la Chine ou le Brésil.
  • De surcroît, les étudiants indiens accèdent très facilement aux structures universitaires internationales.
  • En Europe, avec vingt langues nationales et de nombreux dialectes, la situation est comparable (les intouchables en moins).
  • Lui manque pourtant la lingua franca internationale pour rester de plain-pied dans la course.
  • Toutes les négociations que l’Europe mène avec les Etats-Unis, la Chine ou la Russie se conduisent en anglais.
  • L’anglais est tout simplement un facteur de progrès, n’en déplaise à Claude Hagège*, dont le génie n’est pas ici remis en cause.
* Dictionnaire Amoureux des Langues - Plon/Odile Jacob - 25 euros

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FORTS EN THÈME (1/10/09)

• Aucun doute, la France est dirigée par des forts en thème. Cela se vérifie dans la majorité des déclarations, même à l'entrée des tribunaux.
• La formule "fort en thème" prend corps dans le courant du XIXè siècle pour désigner un excellent élève, doté d’une intelligence rapide, mais manquant peut-être d’imagination.
• Le thème dont il s’agit est à l’époque le thème grec ou le thème latin.
• Si le thème est ainsi porté au rang de discipline de référence, c’est que la réussite dans cette matière dépend peu des origines sociales des élèves.
• En effet, pour réussir en thème grec ou latin, il faut non seulement avoir l’esprit bien fait, mais aussi travailler beaucoup et régulièrement car aucun séjour linguistique ne compensera quelconque lacune.
• Le thème joue alors le rôle de sélection objective et d’ascenseur social (que chercheront à exercer plus tard les mathématiques).
• Contrairement à la version et aux autres matières littéraires, les fils de bourgeois et d’ouvriers sont à égalité pour la composition de thème.
• Et c’est sans doute pourquoi s’est forgée l’expression de fort en thème, plutôt que fort en histoire ou en philosophie.

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