PASSEPORT pour les Français à l'étranger

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LAUZIER NO BRASIL

Sa dernière pièce à succès au Palais-Royal, c'est " L'amuse-gueule " (avec Daniel Auteuil, Philippe Khorsand et Véronique Genest), continuation d'une belle série : " La tête dans le sac ", " Tranches de vie ", " Le garçon d'appartement ", " Un certain malaise ". Au cinéma, c'est pareil : on lui doit : " Je vais craquer ", " Psy ", " Tu empêches tout le monde de dormir ", " P'tit con ".

Mais avant tout, ce sont ses albums de bandes dessinées qui ont fait connaître Gérard Lauzier en France. Le premier d'entre eux, " Lily fatale", évoquait les tribulations d'étranges Français débarqués en Afrique. Dans " Tranches de vie ", un cadre du Parti communiste français goûte le confort des prisons de Moscou. " Chronique de l'Ile Grande " relate la vie quotidienne d'un Français venu s'échouer dans un petit paradis en face de Bahia, un sujet que Gérard Lauzier connaît bien...

- Gérard Lauzier, vous avez été un Français de l'étranger ?

- Je suis en effet allé pas-ser des vacances au Bré-sil, en 1956: l'architecture brésilienne était à la mode, et j'y voyais un terrain d'étude pour les Beaux-Arts.

- C'est cette étude qui vous a passionné au point d'y rester ?

- Je suis tombé amoureux du Brésil et d'une Brésilienne. Les jours ont passé, les semaines, les mois, et, adieu les études d'architecture. Décision que je ne regrette pas au vu des difficultés que rencontrent mes ex-futurs collègues...

- Où avez-vous poursuivi cette étude si passionnante ?

- A Rio. Je me suis intégré à une couche de Français qui, comme moi, ap-préciaient le pays, des gens de mon âge. Un copain avait une agence de publicité, et m'a engagé. Il est sûr qu'à cette époque, être français facilitait les choses, ce qui montait à la tête de certains, d'ailleurs, leur faisant un peu perdre le sens des réalités. Il faut noter qu'être étranger en France n'amenait pas le même surclassement.

- Vous êtes resté longtemps carioca ?

- Deux ans : ma belle Brésilienne m'a laissé tomber. Je suis allé me consoler à Salvador de Bahia, le bout du monde, à cette époque. Il n'y avait pas de route. J'y suis allé en bateau et suis descendu dans le seul hôtel de la ville. Et là, comme toujours dans ma vie, j'ai eu de la chance. D'une part, un journal se lançait : " Jornal da Bahia", qui m'a engagé pour faire des dessins humoristiques, et d'autre pan, un ami bahianais m'a associé à la première agence de publicité fondée dans cette ville. J'en étais le créatif. Cette agence est maintenant devenue la plus importante dans le Nord-Est. Grâce à mon dessin politique quotidien dans le Jornal da Bahia, je suis devenu très vite une vedette.

- La " dolce vida " en somme ?

- Les ennuis sont arrivés assez rapidement : avant de quitter Rio. J'avais été voir l'attaché militaire pour lui indiquer que j'étais sursitaire. Il m'avait dit qu'il me ferait contacter à Bahia. Mais le consul, sympa, mais un peu brouillon, a oublié de signaler ma présence. J'ai donc été convoqué pour insoumission. Au moment de la guerre d'Algérie, mon avenir était assuré pour cinq ans : 3 ans de service et 2 de taule. Je suis donc revenu en France, accueilli par deux gendar-mes à Marseille, où je suis resté deux mois au trou. Au tribunal militaire, on m'a donné un non- lieu. Mais l'officier en charge de mon dossier a refusé de me faire faire les E.O.R., vu qu'il me considérait comme repris de justice. Or, il suffit de m'interdire quelque chose pour que j'en ai envie... J'ai donc envoyé des lettres de protestation. Du coup, pour me faire les pieds, on m'a envoyé chez les paras. Je dois dire que les officiers paras étaient assez ahuris de voir débarquer chez eux un gauchiste, antimilitariste, et malgré tout plutôt sympa ! Je détonnais tellement que j'ai eu une cote d'amour ex-traordinaire, et dois-je l'avouer, j'ai aimé cette période au cours de laquelle j'ai vécu des rapports francs et naturels. Je me suis donc retrouvé officier de réserve. Grâce à l'argent qu'on me versait, je suis allé passer un an en Espagne, pour écrire un roman sur la guerre d'Algérie, qui, heureusement, n'a ja-mais été publié : il était vraiment mauvais

- Vous êtes donc retourné en France ?

- A vrai dire, la perspective de retrouver un univers sombre et grisâtre... Non, je suis retourné à Bahia, où mon agence m'a accueilli les bras ouverts.

- Et cette fois-ci, la vraie dolce vida ?

- Non : les tribulaçôes... J'ai appris qu'on avait lancé un mandat de capture contre moi, mais je ne savais pas pourquoi. Prudent, je me suis caché, et ai pris un avocat du syndicat des journalistes qui, après enquête, a déterminé qu'on m'en voulait parce que je faisais des graphiques pour la compagnie de pétrole Petrobraz, bien connue pour être noyautée par les communistes. Or, j'étais connu pour être gauchiste. Un journal de droite m'avait donc utilisé pour attaquer cette compagnie. Pétitions de tous les côtés. Moi, je devenais une balle de ping pong entre la droite et la gauche. Puis on s'est aperçu que mon dossier avait disparu. Mon avocat a obtenu un habeas corpus. J'ai donc réapparu, mais tout le monde se méfiait de moi. Pour ne pas me trouver en situation irrégulière, j'ai demandé le renouvellement de mon permis de séjour, en passant par un "despachante " c'est-à-dire un " spécialiste " qui, contre rémunération, facilite les tâches administratives. Et, finalement, j'ai compris l'origine de mes ennuis: j'étais venu comme touriste, et mon permis de séjour ne pouvait m'être trouver accordé que si je pouvais fournir un contrat de travail et un extrait de casier judiciaire. J'avais quelques difficultés en ce qui concerne le casier judiciaire, toujours à cause de mon histoire militaire. Donc, j'entrais dans la catégorie d'étrangers en situation irrégulière. Un fonctionnaire avait déclenché le processus contre moi, mais, voyant les répercussions énor-mes dans la presse, effrayé, avait jeté mon dossier. Point de dossier, point de cane. Là-dessus, les militaires ont pris le pouvoir et m'ont mis sur leur liste noire. J'ai donc dû à nouveau me cacher.

- Un black mic-mac quoi ?

- Oui, j'ai dû à nouveau me cacher. Cette fois-ci, je me suis réfugié dans une île de la baie de Camamu, en face de Salvador, où je suis resté un an. D'où " La chronique de l'Ile Grande " ! Beaucoup plus tard. Pour le moment, pour survivre, je travaillais dans la pêcherie d'un copain, qui un jour, a disparu, probablement avec une femme, me laissant seul avec six voiliers, un héritage dont je me serais volontiers passé ! A ce moment, je ne rêvais que de la France...

- ... Sombre et grisâtre...

- ... Et un jour, j'ai pris mes cliques et mes claques, laissant mon " héritage " à l'abandon.

- On vous connaissait en France ?

- Non. J'ai commencé à faire des dessins humoristiques dans différents journaux. Puis, un jour, un ami m'a demandé de faire une bande dessi-née. J'avoue que je n'étais pas chaud : comparé au dessin humoristique, le travail est colossal. Mais le contrat était tel que je n'ai pu refuser. C'est ainsi qu'est née " Lily fatale ". Je me suis vite pris au jeu, et ai abandonné le dessin.

- Le fait d'être sorti d'un bain culturel et de le retrouver vous a aidé à prendre votre position de juge de notre société ?

- Il n'est pas nécessaire de voyager pour la satire. Honnêtement, je suis incapable de dire si mon séjour a influencé mon travail, mais ce n'est pas impossible. En tous cas, je me déplace, car je me sens incapable de travailler à Paris. Je pars un mois, n'importe où dans le monde, mais pas plus.

- Aller vivre à l'étranger de nouveau, une tentation ?

Si les impôts insistent trop, peut-être. Mais, dans ma nouvelle orientation, ce sera difficile : je pouvais partir pour faire des bandes dessinées. Pour le théâtre et le cinéma, c'est plus difficile. Le tournage d'un film prend 7 ou 8 mois. Pour écrire le scénario, il faut être constamment en contact avec l'équipe. Mon rêve, c'est de partir trois mois de temps en temps. J'aimerais bien découvrir le sud-est asiatique, main-tenant.

- Vous voyagez seul ?

- C'est le meilleur moyen d'entrer en contact avec un pays.

- La bande dessinée, c'est fini ?

- Un album sortira encore en novembre : une compilation de sketches que j'ai écrits pour le cinéma, et les "chutes" des " Tranches de vie " éditées par Pilote.

Plus grandes seront les chutes... .

jpj

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