PASSEPORT pour les Français à l'étranger

Passeport pour les jours fériés:

Cliquez ici pour connaître tous les jours chômés du monde, pour toute la décennie !

 

APPRENDS-MOI LE FRANÇAIS !

C'est dans une rue de Beyrouth qu'un enfant palestinien interpelle ainsi Madame Tannous, Française, qui est documentaliste au collège protestant.

- Je veux bien, mais pose ta mitraillette avant de rentrer chez moi !

Impossible pour ce garçon de se séparer de son joujou favori, c'est-à-dire sa Kalachnikof : depuis qu'il est assez grand pour qu'elle ne traîne plus par terre, il est apte au combat. Dépité, il s'en retourne chez lui.

Le lendemain, Madame Tannous le retrouve devant chez elle:

- Avec le français, j'apprendrai l'informatique, et je travaillerai chez Renault. Apprends-moi !

Dans le canon de la Kalachnikov : une rose.

" Vous savez, pour comprendre comment une Française vit à Beyrouth, il est nécessaire de remonter le cours de l'histoire : Au départ, le sioniste Herzl propose de créer en Palestine en foyer pour les juifs refoulés d'Europe. Ce projet est accepté par les musulmans, y compris les Syriens, dont les traditions d'hospitalité ne sont plus à démontrer. Mais quand les juifs, par différents moyens, déclarent Israël leur terre et leur nation sur le territoire qui les a accueillis, une vive réaction arabe se déclenche : ces gens se sentent trahis. Mais tout soulèvement en Israël est instantanément maté. Se crée donc un départ de réfugiés palestiniens vers le Liban, éternelle terre d'accueil. Une poche anti?sioniste voit ainsi le jour au Liban. Les Libanais, à ce moment, sont partagés. D'une manière générale, les chrétiens sont contre ces Palestiniens réfugiés, alors que les musulmans sont pour. Il y a aussi des franges qui prennent position dans un sens ou dans l'autre. Ainsi, les Druses sont pro-arabes mais anti-palestiniens. Mais les anti?sionistes peuvent être musulmans ou chrétiens et vice-versa : les hostilités sont donc politiques, et non religieuses. Après l'histoire, la géographie : les chrétiens habitent la montagne au nord de Beyrouth, avec un pied dans la ville même, ce que l'on nomme le secteur est. Les musulmans sont plutôt au sud (" ouest "), mais étaient aussi présents au nord jusqu'en 1975. Depuis, nombre d'entre-eux ont rejoint le secteur ouest. Mais restent des poches des deux côtés, qui cohabitent très bien puisque, comme je viens de le dire, le problème de départ n'est pas confessionnel. Il y a donc des musulmans à l'est, tout comme il y a des chrétiens à l'ouest. Tout fonctionnait à peu près bien : l'université américaine se trouve à l'ouest, ainsi que les ambassades. Mais quand la circulation entre les deux secteurs est devenue difficile, nos diplomates ont décidé de s'installer dans les antennes qui existaient à l'est, ne laissant que des permanences à l'ouest. Moi j'habite le secteur ouest, donc dans le quartier musulman, mais dans une " poche " chrétienne, ce que l'on appelle le secteur Verdun, sur la route de l'aéroport.

Lorsque je vous aurai décrit les accès à cet aéroport, vous comprendrez le stress qui régit Beyrouth Pour aller de mon secteur à l'aéroport, je dois traverser un secteur chiite, c'est-à-dire les musulmans intégristes qui, eux, font intervenir des questions religieuses dans le problème. je vais donc rencontrer tout d'abord un barrage fixe : ce sont les Syriens en uniforme. Là, aucun problème : ils contrôlent l'identité et c'est tout. Ils peuvent être casse-pieds, sans pour autant être méchants, mais il y aura aussi un ou plusieurs barrages volants : ce sont les chiites. Alors là, deux possibilités :

Amis ou ennemis ?

a) Ce sont des Amals : ces chiites officiels, qui sont pour la paix, cherchent la réconciliation. Ils contrôlent et c'est tout.

b) Ce sont des Hezbollahs : alors là, danger : ces " fous de Dieu ", guidés par l'Iran, ne voient que des questions religieuses et sont très intolérants. Ils s'intéressent particulièrement aux chrétiens et, récemment, aux Français. Selon leur humeur, ils peuvent "arrêter" un voyageur sans explication. Mais il est très rare qu'ils enlèvent une femme. Aussi je ne me tracasse guère.

Si en revanche, je me trouve dans le secteur est, je puis prendre une espèce d'autoroute qui, par un système d'autopont, survole en quelque sorte le quartier ouest. Au départ, dans le secteur est, je suis contrôlée par les barrages volants de phalangistes. Puis, arrivée vers le secteur ouest, même schéma que précédemment. Mais il y a réel danger en cas de rencontre avec les Hezbollahs. Donc les Français ou les chrétiens qui résident à l'est préfèrent employer un itinéraire différent pour rejoindre Paris : ils se rendent au port qui se trouve en secteur est, prennent un bateau pour Larnaca à Chypre, et de là s'envolent pour Paris via Cyprus Airways.

Balles perdues

Alors ma vie à Beyrouth ? Presque normale, dirai-je. J'habite près de Goodies, le Fauchon libanais, où je me ravitaille quotidiennement. Je puis tout à prix d'or, il est vrai, tout ce qui me fait envie. Les musulmans sont très tolérants : on trouve tout. C'est à peine si, pendant les fêtes musulmanes, la distribution d'alcools change: seuls les chrétiens y ont droit par dessous le comptoir. Oh, bien sûr, depuis quelque temps, il y a des batailles entre chiites, et il y a des balles perdues. Ainsi, ma voiture a-t-elle été gravement endommagée, récemment. Mais c'est un accident. La nuit, bien sûr, il faut s'habituer : ça tiraille sans arrêt, mais pas dans tous les sens : les objectifs sont clairs et, pour ainsi dire, on fait confiance à la précision des tireurs, en particulier à l'ouest : les tireurs chrétiens, qui officient donc de l'est ont meilleure réputation. Il est donc rare qu'un obus tombe sur une maison ou un immeuble non visé. Donc si des bombes tombent à 200 mètres de chez moi, je me contente de mettre des boules Quiès. Les voitures piégées ? C'est, bien sûr, inquiétant, mais on mène une vie de quartier où tout se sait, où tout le monde se connaît. Aussi, lorsqu'une voiture nouvelle stationne sans raison, on s'en méfie. Pour en revenir aux bombardements, on en connaît très vite les tenants et les aboutissants. Ainsi, on sait au bruit si l'école sera ouverte ou fermée le lendemain, ou bien l'on calcule son itinéraire pour la rejoindre en toute sécurité! Mais quand même, le moral n'est plus aussi bon qu'avant. Visiblement, la situation se détériore. Cependant, je tiens à retourner à Beyrouth : je ne veux pas que m'a maison soit squatterisée. En plus, même si les chiites nous laissent tranquilles, ils aimeraient bien nous voir partir et je ne veux pas leur faire ce cadeau. En dehors de ces considérations politiques, toutefois, je veux retrouver Beyrouth et son ciel bleu. J'aime la France, mais je n'ai pas le courage de tout rapatrier à Paris. Je préfère faire l'aller-retour. Que voulez-vous, j'aime ce soleil. Cette joie de vivre, cette animation, cette générosité des Libanais. J'aime pouvoir aller à la plage, même si, quand ça barde, on est obligé de se baigner en rafale et que, au cours du Ramadan, les chiites imposent un jour pour les femmes et un autre pour les hommes. Et pour cela, je suis prête à payer le prix du risque et le prix tout court : le coût de la vie est terriblement élevé. Par exemple, au collège protestant ' la seule scolarité est d'environ 10 000 F par trimestre pour le jardin d'enfants ! Les loyers sont aussi prohibitifs. Mais les Français reçoivent en général des salaires en conséquence. Ainsi, nos professeurs arrivent à vivre très largement, et probablement à faire de substantielles économies. Voilà. Je ne sais ce que réserve l'avenir. Mais tant que je pourrai partager mon temps entre Beyrouth et Paris, je me considérerai comme une femme heureuse.

jpj

Authored and hosted by EDIT Online - Copyright © 1997-2013 Edit - Easy Does I.T. - Internet & Translation. All rights reserved.