PASSEPORT pour les Français à l'étranger

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MADEMOISELLE FROM ARMENTIERES

Combien étaient-ils à Central Park, le 14 juillet ? 400 000, 500 000 ? Pourtant, il n'y avait ni concert-pop, ni concert-op(éra) au menu. Non, simplement, Line Renaud chantait "La Marseillaise", accompagnée par le New York Philharmonic.

"En France, on est roi; en Amérique, on est empereur", disait Maurice Chevalier, dont beaucoup considèrent Line comme l'alter ego.

Tout chez Line Renaud est d'une régularité étonnante: sa carrière, débutée en 1949 avec une chanson déjà tournée vers l'étranger: " Ma cabane au Canada " ; son tempérament, tout à la fois doux et jovial ; ses choix affectifs: Loulou Gasté, son guitariste-compositeur de mari, reste son tendre ami, sa mère reste sa secrétaire indispensable, ses copains ne sont jamais oubliés. " Les voyages forment la jeunesse."

Et Line est toujours sur le départ, toujours à l'affût de nouveaux pays, de nouveaux spectacles, de nouvelles gens. En l'écoutant, en la voyant, on pense: " Les voyages conservent la jeunesse. "

- Line Renaud, vous considérez-vous comme une Française de l'étranger ?

Vous savez, il y a plusieurs formes d'expatriation : d'une part, ce que l'on appelle le "tourisme", pour quelques jours, et, d'autre part, le séjour prolongé. J'ai été "touriste" dans beaucoup d'endroits, vous vous en doutez. Mais, en tant qu'artiste, ma visite est un peu particulière: je vois les monuments, certes, mais je me sens tout de suite plongée dans une culture différente. Je rencontre énormément de gens qui me parlent de leur pays, et me le font ainsi mieux découvrir.

Il vous est aussi arrivé de vous installer à l'étranger ?

Trois fois: New York en 1954. Je devais y rester trois semaines, j'y suis restée deux mois et demi. A l'inverse de la majorité des artistes, je ne supportais pas cette ville:personne n'a le temps pour personne. Moi, j'aime l'atmosphère candide, familiale, amicale: j'aime donner mon temps aux gens que j'aime. Et pourtant, mon travail marchait très fort, et j'étais avec mon mari, Loulou Gasté... Cependant, depuis, j'aime m'y rendre, puisque j'y ai beaucoup d'amis, mais je préfère la Californie.

- Vous appréciez d'être mariée à un guitariste ?

- Le guitariste a toujours un refuge en cas de problème, il est capable de "déconnecter" dès qu'il en a l'envie et le besoin. De ce fait, c'est un compagnon calme et serein.

L'homme idéal, quoi...

- Et la deuxième fois ?

- Un peu plus tard, en Californie. Je chantais au Coconut Grove. Là, je me sentais plus à l'aise. Déjà, il ne faisait pas froid. Par rapport à New York, cela me changeait: je ne supporte pas le froid. Et puis, j'ai eu un succès professionnel extraordinaire. On me proposait des contrats mirobolants. Je me liais d'amitié avec Bob Hope, Dean Martin, Jerry Lewis et beaucoup d'autres. Ajoutez à cela le soleil, la piscine, la mer, la verdure...

- Pourtant, le Californien est quelqu'un qui ouvre grand les bras, mais les ferme rarement ?

- Je n'ai pas eu le temps de m'en rendre compte. Je vivais mon rêve, goulûment.

- Combien de temps ?

- Quatre mois. J'ai bien failli rester plus longtemps, mais j'avais signé pour tourner " La Madelon ", dont le succès a été considérable. Je suis donc restée en France. C'est en 1963 que Loulou est allé tâter le terrain à Las Vegas. Sa description a été tellement enthousiaste que je me suis décidée: il me parlait des shows extraordinaires, de gens sympas, de climat parfait, etc. Je m'y suis donc rendue avec un contrat " run of the show " : tant que le spectacle marchait, je devais rester.

- Vous avez tenu longtemps ?

- Huit mois, pendant lesquels j'étais malheureuse comme les pierres: tout me manquait, ma maison, ma famille, mes amis, mes chiens, mes fleurs. Je ne m'entendais pas du tout avec mon chorégraphe, qui semblait m'en vouloir du succès que j'obtenais. De plus, j'habitais l'hôtel. Et là-bas, les hôtels n'ont pas de fenêtres, puisqu'il ne faut pas que le joueur puisse distinguer le jour de la nuit. Or, sans soleil, moi, je ne vis pas. De plus, Loulou était resté à Paris, où il travaillait. Mais quand j'ai senti que le séjour allait se prolonger, je me suis tenue un discours très simple : tant qu'à rester, autant s'adapter, sous peine de mener une vie d'enfer. J'ai donc commencé par louer une maison sur un golf. Je retrouvais ainsi mon soleil et la nature que j'aime tant. Et puis je me suis mise à fréquenter les Américains, intensément. C'est vrai que ces gens étaient tout à fait différents de moi. Mais je me suis attachée à me délecter de cette différence: la manière dont ils élevaient les enfants, leur cuisine (enfin, si j'ose dire, tout au moins à cette époque !), leur conversation... Et alors, les choses ont changé: j'ai commencé à me plaire. Je me suis fait des amis.

- Et ceux-là ont fermé les bras !

- Exactement.

- Et maintenant ?

- J'ai beaucoup moins besoin de m'adapter: les Américains voyagent de plus en plus. Ils s'européanisent et tentent de recréer une ambiance plus sophistiquée chez eux. On ne va plus, comme avant, de party en party, rencontrant les mêmes gens, en général bruyants et buvant beaucoup. On peut facilement trouver un cercle d'amis qui partagent votre sensibilité.

- Avez-vous songé à vous installer dans d'autres pays ?

- Non, jamais, même si le Portugal m'a beaucoup tentée, mais il n'était pas question d'y travailler en permanence. Or, de ce point de vue, je suis totalement heureuse aux États-Unis: j'aime y travailler et y regarder les autres travailler. J' y trouve des maîtres qui frôlent la perfection. Il est sûr que si je ne trouvais pas cette satisfaction professionnelle, je serais moins tentée d'y rester. J'aime bien le Canada, aussi. Mais C'est le Portugal qui m'a le plus touchée. C'est d'ailleurs pour cela que Loulou m'a écrit cette chanson " Mon cœur au Portugal ".

- "Mademoiselle from Armentières", que devez-vous au Nord de la France, votre région ?

- Beaucoup : ma solidité physique et morale, mon tempérament ferme et constant. On peut compter sur moi. Et mes grandes déceptions viennent du fait que je ne puisse pas compter sur tous les autres... Et les gens du Nord sont pleins de tendresse, de chaleur, de finesse...

- La nationalité américaine ne vous tente pas ?

- Je pourrais facilement l'obtenir, sans pour autant, d'ailleurs, perdre ma nationalité française. Mais je suis Française et fière de l'être.

- Est-ce que votre public, là-bas, fluctue en fonction des bons rapports avec la France ?

- Vers 1968, lorsque De Gaulle s'est démarqué des États-Unis, je me devais d'être particulièrement affable : dès que j'arrivais sur scène, je disais qu'on ne devait jamais arriver les mains vides chez des amis, et j'offrais champagne, parfums et cadeaux divers à mon public (je dois dire que j'ai été très soutenue par les maisons françaises qui me fournissaient tout ce que je leur demandais) ; je n'ai ainsi jamais eu une réflexion désagréable, bien au contraire. Six cents millions de téléspectateurs pour le centenaire de la statue de la Liberté. Impressionnant, non ? J'avais conscience de mon rôle, et je l'ai tenu de mon mieux. Je n'ai pas compris l'attitude non télégénique de notre président: air martial, attitude figée... Ceci contrastait tellement avec l'arrivée des Reagan, au sourire éclatant, merveilleusement bien habillés... De surcroît, moi, quand je vais à l'étranger, je mets un point d'honneur à apprendre quelques mots de la langue vernaculaire. Or, à part un timide "happy birthday" tout le discours était en français. Si Reagan était venu à Paris, je doute fort qu'il ait fait l'effort, lui non plus! Oui, mais que voulez-vous, il faut voir les choses telles qu'elles sont: l'anglais domine maintenant le monde. Il faut faire avec. Ceci n'empêche que je suis à l'avant-poste de la francophonie: aux États-Unis, je chante moitié en anglais, moitié en français. Et je suis scandalisée de la place laissée au répertoire anglo-saxon sur les ondes françaises. Il faudrait établir un système de quotas. Ceci se fait dans certains pays, comme le Venezuela et le Québec.

- Mais, n'est-ce pas là une entrave à la libre circulation des idées ?

- A défaut de décourager l'invasion, on pourrait au moins ne pas l'encourager ! Ce qui arrive, c'est que nous allons perdre notre poésie. Nous n'aurons plus de Brel ni de Brassens !

- Est-ce votre participation dans la francophonie qui vous a valu d'être promue chevalier de la Légion d'honneur ?

- Non, c'est pour l'ensemble de ma carrière. Mais je reçois énormément de courrier de gens qui m'encouragent à défendre nos couleurs sous d'autres cieux, par " little quinquin " interposé !

jpj

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