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C'est au fond de la dernière cale du navire que je navigue vers l'Extrême-Orient, en compagnie d'une centaine de jeunes gens empilés dans une salle commune. Seule une échelle escarpée débouchant sur le pont, dix étages plus haut, nous rappelle que nous ne sommes pas dans un sous-marin. Personne n'aurait d'ailleurs l'idée d'en faire l'ascension, tant les conversations sont animées. Le vin, gratuit, délie des langues qui ne demandaient que cela. Certains ont vécu dans des ashrams, d'autres ont vu les fêtes de Goa, des flûtistes ont étudié à Madras... Ce ne sont pas les hordes de "hippies" fuyards qui investiront ultérieurement ces rives. Ces aventuriers sont là pour découvrir, s'imprégner, butiner. Drogues et passeports ne font pas encore l'objet de trafic. Quelle que soit l'heure du jour et de la nuit, le réfectoire ne désemplit pas. S'y relaient les bridgeurs, les narrateurs, les conteurs, les chanteurs et... les guitaristes, créant un joyeux tintamarre. Personne ne changerait pour une première classe. ******* L'accostage à Singapour procure une sensation équivalente à celle que j'ai pu éprouver lors de mon arrivée à Karachi. Mais le contraste est en quelque sorte inversé. Cette fois-ci, ce sont la propreté et l'ordre de l'Extrême-Orient qui choquent le passager fraîchement débarqué. ****** Un concert est rapidement organisé, encore une fois grâce à l'Alliance Française. Je me fais vite des amis qui m'emmènent dans le tourbillon incessant agitant cette plaque tournante : cérémonies chinoises aux coutumes violentes (flagellations, transpercement d'organes et autres réjouissances); Sato Lane, où les familles réveillonnent en attendant que l'ancêtre agonisant veuille bien se décider; expéditions dans la jungle malaise où malaisée est la progression au kriss (serpents refoulés au bâton, sangsues décollées à la main)..
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Et le surlendemain, après des adieux aussi déchirants que ma chute, c'est en auto-stop que je pars pour Bangkok, à peine affecté d'une claudication. ******* Sable fin et guitare sèche Bangkok, Chiang-Maï, Vientiane, Luang-Brabang, Angkor Watt, Phnom Pehn, soit à dos de train (sur le toit), soit en auto-stop, soit à bicyclette (pour la visite des temples). L'émerveillement devient si quotidien que j'ai l'impression d'acquérir une nature spasmophilique. La paix qui règne sur cette région est ancrée sur les visages souriants.
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