PASSEPORT pour les Français à l'étranger

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Patrick Poivre d'Arvor

Le Français de l'étranger ? Un aventurier...

- PPDA : une abréviation bien connue des téléspectateurs français. Des initiales qui identifient aussi un grand voyageur, souvent en contact avec des Français trop éloignés pour suivre ses émissions. Patrick Poivre d'Arvor, le français de l'étranger a une particularité ? il ne capte pas vos émissions, de même qu'il ne reçoit pas votre sourire affable et espiègle lorsque vous énoncez les nouvelles de 20 heures. Croyez-vous qu'une cécité de cet ordre contribue à l'impression d'éloignement ?

- D'abord merci pour ces compliments indus. Pour répondre maintenant à votre question : indiscutablement ! Et il est certain que nos compatriotes sentent leur individualisme renforcé par cette coupure.

- Car le Français de l'étranger est individualiste ?

- Bien sûr ! Je m'en suis rendu compte au cours de tous mes voyages, où j'ai observé le meilleur et le pire, comme dans toute ma vie professionnelle, d'ailleurs...

- Le meilleur ?

- L'aventurier, celui qui a l'esprit d'entreprise, celui qui accepte d'être déraciné, avec toutes les conséquences que cela comporte, celui qui renonce à son confort hexagonal.

- Le pire ?

- Oh, vous savez, les petites colonies frileuses repliées sur elles-mêmes ! Mais je dois dire que j'ai rencontré plus de meilleur que de pire. En tout cas, le Français de l'étranger me semble être fondamentalement individualiste.

- Qu'est-ce que cet homme si particulier manque de la campagne électorale en n'étant pas relié au faisceau télévisuel ?

- Le Français de l'étranger, lui, ne fait pas partie d'un grand groupe sociologique auquel s'adresse l'homme politique. Il n'est donc pas concerné par le discours câlin. C'est, répétons?le, qu'il est avant tout individualiste, en raison de son isolement, quelqu'un qui s'intéresse plus à la réussite personnelle qu'à la solidarité ou qu'à un égalitarisme auquel il ne croit pas. Il a davantage le sens de la compétition, et moins celui du groupe. Et le satellite ne modifiera pas fondamentalement son comportement, même si cela contribuera à le rapprocher de la France. Bien que plus solidaire, il restera solitaire. Mais il n'empêche que si les relais de transmission mondiaux étaient déjà en place, le personnel politique, à gauche comme à droite, aurait peut?être tenu un autre discours politique, au lieu de pavoiser sur nos écrans le soir du 16 mars : il aurait eu une pensée pour les Français retenus en otage à l'étranger. Mais c'est bien connu : l'homme politique va au plus utile... Rétrospectivement, on s'aperçoit que la France a longtemps gardé un système de communication type "troisième République", ce que j'appellerais le système du verbe et du préau d'école. Ce n'est que progressivement que la télévision a rempli son rôle. Cela s'est surtout senti lors de l'affrontement entre Lecanuet Mitterrand et de Gaulle en 1965 : l'homme politique s'est mis à parler à un homme seul : le téléspectateur, et non à une assemblée. Le langage n'est évidemment pas le même. François Mitterrand a fini par maîtriser l'outil dont il se méfiait vers 1980, alors qu'il avait été précédé par Valéry Giscard d'Estaing, plus jeune et plus au fait de l'impact de la télévision. Quant à Jacques Chirac, il a eu du mal à se départir de son langage de technocrate. En fait, il n'y a guère que deux ou trois ans que l'homo politicus s'est adapté au contour audiovisuel. Laurent Fabius et François Léotard sont des cas intéressants : parce que plus jeunes, ils ont su d'emblée s'adresser à des interlocuteurs dans le langage du seul à seul. Aux Etats-Unis, on était en avance, de ce point de vue : le cas Kennedy est célèbre. Celui de Reagan est en train de le devenir. Les pays de l'Est, eux, n'ont guère évolué : on filme des discours interminables et grandiloquents. Gorbatchev semble vouloir se mettre doucement à l'heure médiatique occidentale.

- Avez-vous vécu à l'étranger, vous-même ?

- Non. Si cela devait arriver, j'irais peut-être en Irlande.

- Un gouvernement qui vous serait défavorable n'inciterait-il pas à vous expatrier, à l'instar d'un certain nombre de nos compatriotes en 1981 ?

- Pas du tout! En ce qui me concerne, j'ai dû quitté la Présentation du journal télévisé en 1983 parce que je n'ai pas été jugé suffisamment souple avec le pouvoir en place. Cela m'a, bien sûr, été pénible ; mais ma place restait en France. J'ai refusé les propositions de la BBC. Ceux qui sont partis à ce moment avaient peut être été effrayés par beaucoup de sottises qui se disaient par militantisme ou exaltation. A mon avis, les gens qui ont émigré à cette époque avaient peut-être besoin d'un déclic pour exaucer un désir ou un rêve. Ils l'ont trouvé à cette occasion.

- Vous réalisez que nos lecteurs résidant aux Etats-Unis, au Canada ou en Australie vont être horrifiés par votre aveu : c'est le pouvoir politique qui décide de votre compétence journalistique !

- Oui, c'est parfois, hélas, comme cela en France. Le pouvoir a une envie exorbitante d'exercer son influence sur l'audiovisuel. J'ai subi, comme les autres, des pressions, que ce fût avant ou après 81. Il serait temps qu'il n'y ait plus de liens entre la télévision et l'état. Et c'est tout à fait possible, ne serait-ce qu'en mettant en place une haute autorité vraiment indépendante.

- Etre écarté du journal télévisé ne vous a pas plongé dans l'inactivité, semble-t-il ?

- Non, pas vraiment. J'ai écrit trois livres : Deux amants, Le Roman de Virginie et La Traversée du miroir. J'ai aussi effectué deux tours du monde en train et je viens de terminer le tournage d'un film de Claude Lelouch, où j'ai le plaisir de jouer aux côtés d'Anouk Aimée, Jean-Louis Trintignant, Evelyne Bouix et Richard Berry. J'ai par ailleurs animé depuis trois ans, comme vous le rappeliez tout à l'heure, cette émission hebdomadaire très efficace, et, je le crois, très appréciée des téléspectateurs : " A nous deux " chaque samedi. Enfin, j'ai beaucoup appris en collaborant régulièrement à la presse écrite : Paris-Match et le Journal du Dimanche.

- Un Français de l'étranger peut-il s'adresser à vous ?

- Pour un problème à résoudre en France, oui. Aucun doute que vous n'êtes pas étranger aux Français de l'étranger!

jpj

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