PASSEPORT pour les Français à l'étranger

Passeport pour les jours fériés :

Cliquez ici pour connaître tous les jours chômés du monde jusque 2010 !

 

ÊTRE FRANÇAISE EN ROUMANIE

Une de nos lectrices, qui préfère garder l'anonymat, nous écrit :

"Je me suis coupé les cheveux. Et savez-vous pourquoi ? Parce que, quand il fait zéro degré dans l'appartement pendant plusieurs mois, qu'il n'y a pas d'eau chaude au robinet ni de gaz pour faire chauffer une casserole, il n'y a pas d'autre moyen pour garder un minimum d'hygiène. Oh, que ce préambule ne vous laisse pas croire que je suis malheureuse ! Je viendrai un peu plus tard aux aspects positifs que je trouve à ce beau pays. Mais pour le moment, laissez-moi vous décrire ma vie quotidienne. Mes préoccupations pratiques sont celles que l'on doit rencontrer en temps de guerre, ailleurs. Faire la queue pendant des heures pour me procurer un morceau de pain ou quelques abats, errer dans les marchés pour trouver quelques légumes (les hommes me draguent en me faisant miroiter un kilo de carottes chez eux !), sélectionner les boîtes de conserve qui ne sont pas avariées... Et encore, je ne suis pas à plaindre, la capitale est exemptée de tickets de rationnement.

Si je trouve de quoi faire un pot-au-feu, je dois me lever à 4 heures du matin pour espérer le faire cuire : c'est seulement à ce moment que l'on peut espérer une flamme falote sur le réchaud. Et tout à l'avenant.

Calamité

Mais ma préoccupation essentielle, c'est de venir en aide à mes amies roumaines qui, elles, subissent intégralement la calamité actuelle. Ainsi, depuis que les taxis et les voitures privées sont totalement interdits à Bucarest, j'ai dû transporter une voisine qui s'était fracturé la jambe sur le trottoir glissant (on ne dégage même plus la neige). Arrivées à l'hôpital, j'ai dû donner des paquets de cigarettes " Kent " à droite et à gauche pour qu'elle soit acceptée. Une de mes amies française a d'ailleurs eu le malheur récemment d'être atteinte d'une hémorragie un samedi. Elle a été refusée de l'hôpital pour étrangers : pas d'admissions le week-end. Dans un autre hôpital, à force de Kent, on lui a dégagé un lit. Mais au milieu de la nuit, la personne qui occupait ce lit est venue l'implorer : elle dormait par terre. Elles ont donc partagé la couche, dont les draps n'avaient de toute manière pas été changés...

Pauvres femmes !

Les problèmes féminins prennent ici une ampleur inattendue : le gouvernement a décidé que l'avenir du pays, c'était sa jeunesse. Chaque femme doit donc avoir quatre enfants, sous peine de sanctions. Ainsi un couple de lecteurs de français à l'université subit-il une réduction de salaire : ils n'ont qu'un enfant ! Tous les moyens anticonceptionnels sont donc strictement interdits, sauf, comme par hasard... aux Gitans, qui en font d'ailleurs un fructueux marché noir! Le seul recours dont disposent les Roumaines, c'est de soudoyer les médecins à coup de Kent : s'ils acceptent de pratiquer une césarienne aux deux premiers accouchements, elles auront alors droit aux contraceptifs. Naturellement, j'aide mes amies autant que je peux. A ce propos, d'ailleurs, nombre de Françaises qui liront ces lignes penseront : balivernes ! La Roumanie, c'est bien connu, est le seul pays où l'on puisse adopter des enfants blancs. Comment prétendre que son gouvernement impose en même temps de telles mesures pour avoir une jeunesse nombreuse ? " Eh bien, sachez, chères compatriotes, que les enfants qu'on vous propose, contre argent comptant, sont ceux des Gitans ou les fils naturels des 20.000 étudiants arabes présents dans ce pays !

Interdits d'hôpital

Pour en revenir aux hôpitaux, et toujours dans le même ordre d'esprit, les personnes âgées de plus de soixante-cinq ans n'y sont plus acceptées. Et, encore dans le cadre du développement démographique, les femmes sont astreintes à des contrôles mensuels, pour les raisons que vous imaginez... Mes amies... De toute manière, je devrais presque en parler au passé, puisque depuis quelques mois, elles ne peuvent me voir qu'accompagnées d'un " sécuriste " qui surveille la conversation. Avant, c'était un peu plus facile : toutes les personnes qui parlaient avec moi devaient simplement faire un rapport à leur retour.

Cela dit j'aime la Roumanie : les gens sont d'une grande culture, chaleureux, artistes. ils sont incroyablement francophiles. Et pourtant, la première langue étrangère, à l'école, c'est le russe, et la seconde, c'est l'anglais. Mais les familles imposent le français à leurs enfants ou petits-enfants. Et ces circonstances tragiques ne font que rapprocher ces gens de nous. La France devient plus que jamais un paradis, qui fait peut-être plus rêver qu'il ne devrait. Et puis, dans ce pays, la musique est omniprésente, à se demander si elle n'est pas un exutoire. J'ai vécu ici de grands moments, bons ou mauvais. Quitter la Roumanie, ce sera à la fois une libération et un déchirement... "

jpj

Authored and hosted by EDIT Online - Copyright © 1997-2013 Edit - Easy Does I.T. - Internet & Translation. All rights reserved.